‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 128 sur 236 · L'UNANIMITÉ AU SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

L'UNANIMITÉ AU SACRÉ-CŒUR

filles! » En même temps, toutes les autres s'étaient agenouillées; elles pleuraient, elles ne savaient que répéter ces mots : « Ma mère! vous êtes ma mère! » Mmo Barat troublée fut obligée de se rasseoir; elle ne put que leur dire : « Dieu sait l'affection que je n'ai jamais cessé de vous porter! » — « Que nous vous avons fait souffrir! » lui redisaient les sœurs, toujours agenouillées. Mm9 Barat les releva : « Allons, dit-elle, je vois bien qu'il faut nous embrasser! » Après quoi, moitié pleurant, moitié souriant, elle prit et serra chacune d'elles dans ses bras, puis elle se hâta de sortir pour rendre grâces à Dieu •. »

« Dès ce moment, le bonheur rentra dans la maison, ajoute le journal de Mmo de Gramont d'Aster. Chacune reprit sa gaieté, et l'on ne pensa plus qu'à préparer la fête de la prise d'habit. » Celle-ci eut lieu le jeudi 29 février. Mm0 Barat y reçut l'anneau et la croix de la main de l'assistante, Mmo Eugénie de Gramont, à qui la mère supérieure les donna à son tour. Ces deux âmes étaient maintenant si étroitement unies, que Mmo de Gramont d'Aster n'en pouvait taire sa joie : « L'union qui règne entre la mère générale et Mme Eugénie est d'un grand exemple, et aussi édifiante que consolante, » écrivait-elle dans le journal de la maison d'Amiens.

Les règles rétablies, l'esprit religieux ressuscité dans la communauté, les études fortifiées dans le pensionnat, l'ordre et l'économie reconstitués dans le temporel, furent autant d'oeuvres qu'elles accomplirent de concert. Cela fait, la mère générale partit le 27 avril, laissant la maison d'Amiens réconciliée et transformée.

Bien ne semblait manquer à cette oeuvre de paix, quand,

1 Journal autogr.de '.a mère de Gramont J'ÀJter, f. 9.

quelques mois après, le sceau de l'Église y fut mis par une lettre de Pie VII aux vicaires généraux capitulaires de Poitiers. Le Pape les félicitait de « posséder dans leur diocèse deux maisons du Sacré-Cœur qui s'employaient avec un si grand fruit à l'éducation des filles ». Il regrettait la méprise qui les avait troublées et un instant désunies. Il terminait enfin en exprimant le vœu a que la tranquillité et la parfaite concorde revinssent dans les cœurs de toutes, afin qu'elles continuassent à servir Dieu dans la paix , et à former la jeunesse aux vertus et à la piété chrétiennes ■ ».

La crise était terminée; et le Sacré-Cœur allait accomplir désormais, avec la pleine et puissante liberté de son zèle, l'œuvre de régénération dont M. de Lamarche venait d'écrire ces belles paroles à Mme Barat : « Quelle œuvre admirable; et comment l'opérer, si ce n'est en recevant et communiquant les divines influences d'un Dieu qui n'a cessé d'aimer un pays où l'irréligion, l'impiété, les crimes de toute espèce se sont réunis pour en couvrir la surface d'infamies et de profanations de tout genre ! 0 filles aînées du sacré Cœur, que votre destination est grande!... Mais que vos obligations sont relevées! Que vous êtes obligées d'aimer et de faire aimer un Dieu si libéral à votre égard! Que le choix que Jésus fait de vous pour être non seulement les épouses, mais les apôtres de son Cœur, doit vous porter à une vive et active reconnaissance! — Adieu, je suis heureux de me recommander aux prières d'une Société qui ne fait plus qu'un seul cœur dans le Cœur de Jésus - ! »

1 Lettre du 15 juin 1816.

~ Cuignières, 17 février 1816.

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