LA FONDATION DE PABI
Les premiers temps du séjour de Mrae Barat à Paris, pendant et après le conseil général, furent des jours de grandes désolations intérieures. Dieu ne veut pas que ses saints jouissent ici-bas du bien qu'ils font. % Il en arrive d'eux, écrit sainte Thérèse, comme des enfants qui travaillent dans le champ de leur père. Ils ne sont pas payés à la journée comme les autres, mais ils reçoivent leur récompense plus tard tout à la fois. » Cette récompense c'est Dieu même; et, pour qu'ils ne l'oublient pas, quel vide désolé il se plaît à faire dans ces cœurs magnanimes, au lendemain de leurs meilleures œuvres et de leurs plus purs succès!
Nous en avons le spectacle dans les lettres écrites alors par Mmo Barat. Au sein de la ville de Paris, « à la source des lumières », comme elle s'exprimait, elle se trouva
plus que jamais seule, triste, délaissée de toute créature. On l'entend s'écrier : « C'est la voie du désert qui s'ouvre maintenant devant moi! » On la voit aller et revenir vers ceux dont elle espérait secours et direction : ils ne lui répondaient plus. Le PèreVarin s'était replongé dans le travail de son noviciat; M. Montaigne, accablé d'âge et d'infirmités, ne pouvait ou ne voulait plus s'occuper de son âme : i II n'a pas pu me donner un quart d'heure, disait-elle. Ce vénérable Père, en qui j'ai une confiance sans bornes, et dont l'âme est si étroitement unie à la mienne, ne pourra bientôt nous servir que par ses souffrances et ses prières. » Dans d'autres lettres, elle disait qu'elle était devenue « triste et ennuyeuse même en récréation, a Le monde lui était à charge; elle s'en accusait elle-même la première. Quelquefois aussi elle en accusait Paris, et elle tournait des regards de regret vers la montagne de Grenoble, où le Ciel jadis avait fait pleuvoir sur elle tant de bénédictions.
Le dernier mot de cette souffrance, comme de toutes les autres, fut l'acceptation de la volonté de Dieu : « Qu'elle s'accomplisse en tout sur sa petite servante, écrivait-elle en parlant de ses délaissements. 11 vaut mieux que nous vivions dans le dépouillement de tout. Le Seigneur depuis longtemps, et particulièrement dans ces derniers jours, m'a donné une grande conviction que tel est son bon plaisir... Sachons tout sacrifier de ce qui pourrait déplaire aux yeux jaloux de l'Epoux. » Comprenant qu'après tout ces grands vides de l'âme sont la place que Dieu s'y creuse pour la remplir ensuite, elle disait encore : « 0 solitude du cœur, solitude, que tu es bonne, quoique tu sois souvent pénible! Si, dans cet état, Jésus ne règne pas encore en maître, du moins la place est vide, et si