SES ENFANTS MALADES
vos prières. Ahl que nous en avons besoin M » Le soir même, Cécile succombait en pressant son scapulaire sur ses lèvres: « Que le nom de Marie est doux! » disait l'agonisante. Une autre pensionnaire, MUe Maria de Razac, emmenée chez ses parents, y expira de même. « Jésus et Marie eurent son dernier sourire, » rapporte le journal de Mm0 Duchesne2. Ce petit pensionnat de Paris avait mérité déjà d'avoir ses représentants à la cour du Roi des cieux. Mm0 Barat eût souhaité que Dieu acceptât sa vie pour le rachat de ces jeunes et précieuses existences. « S'il faut des victimes, pourquoi n'est-ce pas moi? écrivait- elle à Amiens; il faut que je sois bien coupable pour être toujours laissée de côté! » Deux de ses filles furent plus favorisées. Pauline Pain venait à peine d'entrer au noviciat, quand, au plus fort de l'épidémie, la supérieure lui confia le poste d'infirmière. Elle en comprit le péril, elle en accepta l'honneur. « Atteinte dans l'exercice de son dévouement, rapporte Mme Duchesne, elle fit à Notre-Seigneur, en se mettant au lit, le sacrifice d'ellemême qu'elle renouvela souvent dans le cours de sa maladie. Ayant obtenu le bonheur de se lier à son divin Epoux par les vœux de religion, elle s'endormit en paix, dans les bras de la croix. » Elle avait alors dixneuf ans et demi. La sœur Marie Chabert, frappée à ses côtés, fut douce envers la mort, comme elle l'avait été avec tout le monde. Brûlant du désir de se réunir à son Maître, elle fit ses vœux sur son lit d'agonie, puis reçut le viatique et entra tranquillement dans la joie du Seigneur, en tenant le crucifix collé sur ses lèvres 3.
1 Paris, 14 , 21 , 23 octobre 1817. — 2 Journal de Paris, p. 49. — 3 Circulaires des défuntes, t. Ier, p. 1S, 19, 20.
Au sein de ces douleurs, Mmô Barat puisait dans leur grandeur même de nouveaux motifs d'aimer une profession qui la crucifiait. Le 11 octobre, elle écrivait à la mère Thérèse : a Le bon Dieu me tient entre les malades et les mourants : il faut donc adorer et se résigner. Que de souffrances notre vocation ne traîne- 1- elle pas après elle! C'est sous ce rapport qu'elle doit nous être plus chère. Sans doute nous serions plus en repos chez les Carmélites, mais nous souffririons moins : c'est tout ce qui peut consoler de ne l'être pas. » Et dans une autre lettre à Mrae Prévost: « Vous voyez que les croix abondent de toute part. Encore une fois : Fiat! C'est la manière dont notre Société s'est établie depuis le commencement, et c'est, j'espère, ce qui continuera de l'établir plus solidement1. »
Mme Barat ne se trompait pas. Un moment ébranlée, la maison de Paris se releva rapidement. La maladie avait nécessairement relâché le lien de la discipline. La supérieure le resserra avec une fermeté qui ne fit qu'accroître d'ailleurs l'attachement des élèves, comme elle le témoignait à quelques mois de là. « L'autre semaine, écrivait -elle, j'avais dû humilier au dernier point une de ces jeunes personnes : elle dit à sa mère, qui vint la voir le lendemain , qu'il n'était pas possible de trouver une meilleure maison d'éducation, que c'était le premier pensionnat de l'Europe. Dernièrement encore, ayant fait la menace d'en renvoyer deux ou trois, si- elles ne faisaient des efforts, jamais je n'ai vu une douleur plus amère. Il aurait fallu les traîner pour les faire sortir, tant elles sont attachées à la maison2. »
1 Paris. 21 octobre 1816.
2 lu.d., à lt"« Lm. Giiaud, 23 mars ISIS.