‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 142 sur 236 · MADAME DUCHESNE DEMANDE LES MISSIONS · texte numérisé non relu

MADAME DUCHESNE DEMANDE LES MISSIONS

dans les ombres de la mort, c'est à quoi elle ne pouvait se résigner. En vain a évitait- elle de rien lire, de rien entendre qui pût entretenir ses désirs », elle n'en était plus maîtresse, a Malgré mes nombreuses infidélités, racontet-elle, le Seigneur me montrait une nouvelle carrière qui confondait mes pensées, et déjà entraînait ma reconnaissance. » Elle remarquait, par exemple, qu'aux grandes fêtes, spécialement à chaque fête d'apôtre, sans même qu'elle y pensât, ce désir s'enflammait dès qu'elle avait reçu la sainte communion; et elle y reconnaissait un ordre pressant du Ciel.

Le Conseil de 1815, qui l'appela aux fonctions de secrétaire générale, parut ruiner ses desseins, en la fixant à Paris. « Je pensai, avouait-elle à sa supérieure, que vous voûtiez m'ôter tout moyen de réussir. » Mme Barat a raconté qu'elle-même, à cette époque, ne voyait plus d'issue à ces projets. Un jour, la mère Duchesne profita d'un moment où toutes deux étaient seules pour renouveler ses supplications. La supérieure l'arrêta : « Je vous conjure de n'y plus penser, lui dit-elle tristement; vous voyez bien, ma chère, qu'aucune porte ne vous est ouverte de ce côté? — Comment, reprit alors l'ardente missionnaire, vous ne voulez pas que je m'occupe de ma vocation? Mais ne vous souvenez-vous pas que cet attrait me vient de Dieu? que vous l'avez encouragé? Et maintenant je pourrais y être infidèle! » — Mme Barat était calme : a Allons, ma chère Philippine, parlons raison, lui dit-elle. Quand même je vous enverrais vers les sauvages, que feriez-vous sans compagnes, sans argent, sans appui? Espérez -vous des miracles? Dieu vous accordera-t-il de marcher sur les eaux? Attendez et priez; pour maintenant, c'est impossible : ne me demandez rien. — Je ne vous demande rien,

repartit Mme Duchesne, je ne vous demande rien que ce seul mot : Partez! et je partirai tout de suite; la grâce de l'obéissance me tiendra lieu de tout. »

Le Père Varin, de plus en plus favorable à ses desseins, avait reçu son « vœu d'aller se consacrer à l'instruction des infidèles, selon l'obéissance »; mais présentement lui aussi pensait que l'obéissance, pour être raisonnable, lui commandait d'attendre. Voyant qu'elle ne pouvait rien obtenir des hommes, Mme Duchesne se mit à en appeler à Dieu avec plus d'instance. Durant et après le Conseil de 1815, profitant des sorties commandées par les travaux d'appropriation de la maison de Paris, elle s'en allait de sanctuaire en sanctuaire, à Montmartre, à Saint-Sulpice , aux Carmes, aux Missions étrangères, jetant partout sa douleur aux pieds de la Mère de Dieu. « Je tâchais d'abord de me mettre dans l'indifférence, racontait- elle ensuite; mais l'équilibre se perdait aussitôt, et j'en revenais à vouloir braver tout respect humain, tout blâme, toute froideur, pour que rien ne manquât, de ma part, au succès que je désirais. »

Mme Barat commençait à se sentir vaincue par tant de persévérance. Une volonté plus haute que la sienne la subjuguait. Le 21 octobre 1816, elle écrivit à Grenoble: « Imaginez -vous que Philippine pense toujours à son voyage d'outre -mer, que mon frère lui a presque aplani les voies, et que, malgré la frayeur que me cause cette entreprise, nous allons peut-être la voir réussir. » Le Père Barat, alors résidant à Bordeaux, ne manquait pas d'informer sa sœur et Mme Duchesne de chaque occasion de départ qui se présentait. M. Perreau l'encourageait, le Père Varin fléchissait, et Msr d'Astros, nommé évêque de Bayonne, ayant vu Mme Duchesne, avait beaucoup applaudi

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