VISITE DE MONSEIGNEUR DUBOURG
à son futur voyage, en lui donnant par avance sa bénédiction.
Plus le temps avançait, plus l'appel devenait pressant, irrésistible. Le 2 décembre, Mmo Duchesne s'étant rendue deux fois à l'église des Missions, redoubla de prières et de larmes auprès de saint François Xavier, dont on faisait la fête. Je ne sais quelle main invisible la ramenait, comme malgré elle, au pied de l'autel et de la relique de ce saint. « J'y fus vivement montée à l'espérance, dit-elle, et il en fut ainsi durant toute sa neuvaine, que je fis exactement, pour connaître la volonté de Dieu. »
Le jour vint enfin où cette divine volonté se manifesta par des signes irrécusables. Le 14 janvier 1817, Mër Dubour?, évéque de la Nouvelle-Orléans, étant alors à Paris, vint voir Mme Barat. Au moment où il entra, Mine Duchesne gardait la porte de la maison. Elle le reçut, et ce fut elle qui vint l'annoncer à sa supérieure. « Voici l'heure de la Providence, dit- elle à Mrae Barat; je vous conjure, ma mère, de ne pas la manquer; vous n'avez qu'un mot à dire; de grâce, prononcez-le! — Ma fille, répondit la supérieure, si Monseigneur me met le premier sur cette voie, je pourrai conférer de notre projet avec lui : ce me sera le signe auquel je reconnaîtrai que Dieu le veut! »
Dans cette première entrevue, l'évêque missionnaire ne parla de rien : il demanda seulement à dire le lendemain sa messe à la chapelle. A l'issue de cette messe, Mmo Barat vint lui tenir compagnie, par honneur, pendant son déjeuner. L'évêque l'entretint aussitôt de l'Amérique et de son diocèse; puis, tout de suite, il lui dit combien il s'estimerait heureux d'y posséder des filles du Sacré-Cœur. La supérieure pensa à Mm0 Duchesne. « Lorsque cela se pourra, Monseigneur, répondit- elle, j'aurai à vous donner une
personne toute prête. » Alors elle lui raconta la vocation de sa compagne. L'évêque, ravi de ce qu'il en apprenait, demanda à la voir immédiatement. Mme Duchesne fut appelée. Elle comprit que le Ciel venait de lui répondre; mais elle ne sut rien dire; elle tomba seulement aux pieds de l'homme de Dieu, afin de recevoir sa bénédiction.
M?r Dubourg et Mme Duchesne sortirent remplis d'espérance. Celle-ci observa même qu'à partir de ce moment, une douleur de côté qu'elle portait depuis quinze ans disparut tout à coup. Les lumières et les forces lui venaient donc à la fois, mais rien n'était décidé; l'affaire présentait de graves difficultés, et l'évêque devant repasser peu après par Paris, on renvoya à cette époque la grande décision.
En attendant, le missionnaire se mit à chercher des apôtres et des secours pour sa chrétienté. Chaque jour on apprenait à le connaître davantage, et tout ce qu'on disait de lui ne faisait qu'enflammer le zèle de Mmc Duchesne. Né de colons français à l'île de Saint-Domingue, puis amené en France, attiré de bonne heure vers le sacerdoce, ordonné la veille de la révolution, entré dans la vénérable compagnie de Saint-Sulpice, et mis par M. Emery à la tète de l'école préparatoire d'Issy, M. Dubourg n'avait dû qu'à une absence fortuite d'échapper au sabre des septembriseurs. Il s'était alors réfugié en Espagne; de là, bientôt après il fit voile pour l'Amérique, où, sous la conduite de M. l'abbé Nagot, les Sulpiciens venaient de fonder un collège à Baltimore. Là avait commencé son ministère apostolique. Puissant instituteur, M. l'abbé Dubourg avait successivement dirigé le collège de Georgetown, fondé celui de la Havane, bâti à Baltimore celui de Sainte-Marie. Grand directeur d'âmes, il avait été le guide de la sainte Mme Elisabeth Seton , et institué par elle la congrégation