‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 168 sur 236 · LE P. VARIN A L'HOTEL BIRON · texte numérisé non relu

LE P. VARIN A L'HOTEL BIRON

s'était faite l'installation , et remarquas! que c'était celui de la fête de saint François d'Assise : « Voilà, dit- il en souriant, une maison bien riche pour la célébration de la fêta «l'un saint si pauvre! Ah! qu'il aimait la pauvreté! » Et là-dessus, se laissant aller, comme à l'ordinaire, à une effusion de coeur charmante, intarissable : « Un jour, raconta-t-il, le bienheureux étant allé visiter un de ses couvents, nouvellement fondé, fut scandalisé de le trouver si beau: « Retirons- nous d'ici, dit- il à son compagnon, i un pauvre de Jésus-Christ ne peut accepter de loger dans « ce lieu! » Disant cela, il s'en alla tout triste, et fut heureux de trouver quelque part une pauvre masure où il passa la nuit. — Cela m'a fait penser, mes filles, que si saint François venait parmi vous, il se trouverait bien dépaysé dans cette habitation Mais bientôt, et sitôt qu'il aurait vu le quartier dont vous avez fait choix, il vous reconnaîtrait pour ses sœurs en Jésus -Christ. » Il ajouta que lui-môme avait coutume de répondre aux gens qui s'étonnaient de voir ses filles transférées à l'hôtel Biron : « Elles y sont, il est vrai, mais elles n'y logent pas! » L'entretien se continua, vif, gai, entremêlé de traits spirituels et édifiants. II rappela le mot de Berchmans : « Ma plus grande pénitence, c'est la vie commune, parce qu'elle est le tombeau de l'amour- propre. » Il s'étendit surtout sur le Père de Tournély et les commencements de la Société. — « Le Père Yarin paila ainsi pendant plus de deux heures, qui nous parurent un instant, » rapporte le Journal. Il semblait que le fondateur était venu transporter dans la nouvelle maison les anciens et plus chers souvenirs du Sacré-Cœur1.

1 Journal du Xoviciut, 8 octobre, p. 17.

La translation du pensionnat eut lieu le 10 octobre. Ce jour-là, fête de saint François de Borgia, la messe fut célébrée dans la petite chapelle de la rue des Postes pour la dernière fois. Le Père Varin rappela brièvement aux enfants les grâces qu'elles y avaient reçues. Il leur parla ensuite de leur nouvelle résidence : « C'est un palais, leur dit-il avec son éloquente originalité, mais un palais offert à Jésus -Christ, le Roi des rois. Et certes, n'est-il pas juste que nous donnions un palais à Celui qui daigna naître pour nous dans une étable? N'est-il pas juste qu'après avoir vu, dans nos temps, ses églises profanées et changées en écuries, nous lui offrions des palais en réparation de ces sacrilèges? Il y est maintenant, Il vous y appelle, Il vous y tend les bras. Allez donc à Lui, ne faites attention qu'à Lui. En mettant le pied sur le seuil, n'arrêtez pas vos yeux sur ce que les grands du monde auront pu laisser là de curieux et de beau. La plus grande curiosité, la plus étonnante merveille, c'est que Jésus-Christ daigne habiter parmi nous. Jetez donc aussitôt les yeux sur le tabernacle, et jurez -lui amour1 ! » Le soir même, vingt-cinq élèves prirent possession de l'hôtel; les autres suivirent le lendemain.

La duchesse de Berry et la duchesse d'Angoulême les visitèrent bientôt. Le Journal , qui raconte toutes les circonstances de cette visite princière, ne fait nulle mention de l'humble mère Barat, tant elle savait se cacher. « Ah! combien il faut aimer la pauvreté quand on habite une belle maison! disait le Père Varin; combien il faut aimer l'abjection quand on est en rapport avec le monde et le grand monde2! »

1 Journal du Conseil, par Mme de Gramont d'Aster, au 10 oct.

2 Item, p. 12.

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