‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 18 sur 236 · COMMENCEMENTS ET FORMATION DE SOPHIE BARAT · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS ET FORMATION DE SOPHIE BARAT

Madeleine-Louise-Sophie Barat naquit, à la fin de l'année 1779, dans la petite ville de Joigny, en Bourgogne. On voit encore à Joigny, dans la rue du Puits- Cliardon, la maison qui fut vingt ans celle de la servante de Dieu. C'est une simple demeure de cultivateur et d'ouvrier : en bas, l'atelier du père, avec cette chambre commune où, dans les petits ménages, la mère se tient tout le jour et s'emploie aux travaux de la vie domestique; au fond, une petite cour; dans cette cour, un carré planté d'arbustes et de fleurs; en haut à l'unique étage, la chambre des parents, un peu plus ornée que les autres, avec une chambrette pour les enfants; enfin, au-dessus, tout au faite, une mansarde, la mansarde qu'a occupée Sophie, sorte de cellule religieuse, retirée loin de tout bruit, mais bien directement ouverte sur le ciel, et d'où

4 HISTOIRE DE MADAME BARAï

le regard se repose sur un horizon d'un aspect paisible; en face la rue montante de Bourg-le- Vicomte, à droite la vieille église de la paroisse de Saint-Thibault, à gauche les hautes collines qui forment la vallée de l'Yonne et entourent Joigny d'une si riche ceinture : tel fut le berceau d'une des âmes les plus grandes et les plus nobles de ce temps.

La famille qui l'habitait à la fin du siècle dernier était celle de Jacques Barat et de Marie-Madeleine Foufé, époux chrétiens et craignant Dieu, qui vivaient honnêtement de leur état de tonnelier, et surtout de la culture d'un petit patrimoine de vignes situé sur les hauteurs de Sauvilliers et du Larry.

La réputation que Jacques Barat a laissée dans le pays est celle d'un homme laborieux, patient, et portant dans toutes ses relations la franche loyauté des gens d'honneur et de foi. Madeleine Foufé se distinguait par un plus haut mérite : c'était une femme remarquable pour sa condition, d'une intelligence élevée et suffisamment cultivée, surtout d'une piété solide. Il est vrai de dire pourtant que sa famille avait été entachée de jansénisme; et même à cette époque il y régnait encore une forte prévention contre une dévotion chère aux catholiques, la dévotion au sacré Cœur. Mais, si Madeleine Foufé avait gardé l'empreinte des erreurs de la secte , elle en avait complètement abdiqué le rigorisme; et le trait qui, au contraire, la distingue dans cette histoire, est une bonté d'âme et une sensibilité qui se portait facilement à l'attendrissement.

Un fils, nommé Louis, âgé de onze ans, et une petite fille, Marie-Louise- Madeleine, dans sa dixième année, faisaient la joie de ce foyer. La naissance d'un nouvel enfant, prochainement attendue, devait mettre le comble

Page 1