‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 181 sur 236 · SA VIE EST RACHETÉE · texte numérisé non relu

SA VIE EST RACHETÉE

Pendant ce temps-là le PèreVarin était dans les Pyrénées. L'ancien soldat y prêchait des missions aux troupes que le duc d'Angoulême dirigeait vers l'Espagne, lorsque ces nouvelles lui furent apportées. Le 29 juin, il était de retour à Paris. Étant venu, ce jour-là, faire visite à ses filles, le serviteur de Dieu les salua par ces mots : « Dieu est bon! mes filles, plus que jamais, aujourd'hui, il faut répéter : Dieu est bon ! Quelle parole convient mieux que celle-là, après les grandes épreuves que nous venons de subir? Personne ne les a portées plus douloureusement que moi, qui, à deux cents lieues de vous, vous savais sur la croix. Non, vous n'avez pas pu souffrir autant que moi; mais, au sein de celte souffrance, je répétais encore du fond du cœur : Dieu est bon 1!... »

Cependant, à la nouvelle du danger de leur mère, M— de Gharbonnel et Eugénie de Gramont étaient accourues de Paris. Elles aidèrent M™ Barat à conclure les affaires qui l'avaient conduite en ce lieu, « C'est par une espèce de miracle que je n'ai pas succombé à la peine de voir l'état de la maison de Grenoble, » mandait- elle plus tard à M™ Duchesne », La même lettre annonçait que M™ Victoire Paranque était supérieure de cette maison, et qu'il <c y avait déjà du mieux pour tout. La bonne mère Thérèse était placée à Quimper, où elle faisait merveille, ne se mêlant ni du temporel ni du pensionnat, auxquels était préposée M™ Olympie Rombau, qui gouvernait bien l'un et l'autre ».

Avant de quitter Grenoble, M™ Barat se rendit au tombeau de sa fille Aloysia pour lui demander un dernier

1 Recueil des instructions du P. Varin, gros in-4» p. 518. 1 Paris, 5 déeembre 18-23.

et étrange service. On se souvient de ses alarmes en apprenant le concours qu'attiraient dans la maison les miracles opérés par cette amie de Dieu. Elle avait entendu, entre antres, le Père Roger lui en faire de rudes plaintes : a Ma mère, qu'est-ce que j'entends dire? Votre Aloysia qui se mêle de faire des miracles! Voilà l'orgueil qui va perdre toutes vos religieuses. » La supérieure s'était excusée en disant qu'elle n'y pouvait rien. Mais le prétendu péril de la chère humilité ne lui laissa plus de repos. Elle alla donc prier la pieuse thaumaturge de couper court à des prodiges qui jetaient trop d'éclat sur la Société. La fille obéit docilement à sa mère, car les miracles cessèrent immédiatement '.

A la fin du mois de mai, la supérieure put être ramenée à Paris. Elle passa par Joigny, où elle fut la première à consoler sa sœur, Mme Dusaussoy, de la mort de Dosithée. Or cela parut d'autant plus inexplicable que, par ménagement pour sa convalescence, on avait eu l'attention de lui cacher ce malheur.

Quelques jours après, Mme Barat écrivit ainsi à Mme Duchesne : « Priez et faites prier, afin que j'emploie mieux la vie que le Seigneur vient de me rendre*. » Nous savons déjà l'emploi qu'elle fit de ses forces dès qu'elles lui furent rendues. Nous l'avons vue fonder les maisons de Besançon, de Turin, de Metz, et enfin de Bordeaux, où elle passa l'été de 1825, visitant sur sa route ses filles de Poi~

1 Interrogée un jour sur la vérité de ce fait par la mère Desmarquest, Mme Barat parut d'abord embarrassée, et garda le silence. Puis, éludant la question, elle répondit que, « de vrai, elle avait désiré voir cesser un concours qui contrariait le t)on ordre de la maison de^Grênoble. »

2 Paris, 22 juin 1823.

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