‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 180 sur 236 · DÉVOUEMENT DE SA NIÈCE DOSITIIÉE · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT DE SA NIÈCE DOSITIIÉE

Dieu? Je vais lui demander de mourir à la place de ma tante, et je prierai avec tant de ferveur qu'il m'exaucera, j'espère. •

Le dimanche du Bon-Pasteur où l'Evangile nous propose l'exemple de Dieu donnant sa vie pour ceux qu'il aime, l'enfant fit la communion avec une vive ardeur, et renouvela son offrande. Elle se portait bien alors; la fièvre la prit; elle fut mise à l'infirmerie; mais rien de grave ne s'annonçait. On fut lai dire à son lit que sa tante allait mieux: « Si ma tante va mieux, je pourrai aller plus mal, » dit la jeune malade. On ne comprit pas ce que signifiaient ces paroles. Une de ses compagnes étant venue la visiter : « Allons, lui dit-elle, embrassons-nous, ce sera pour la dernière fois. » Son amie s'étonna et ne fit que rire de cet adieu, que rien ne justifiait. La malade ayant reçu la visite de ses maîtresses et de la mère Prévost, elle les embrassa avec une surprenante expression de tendresse. Cependant la maladie semblait plutôt céder; on la croyait détournée lorsque, le samedi, 3 mai, le délire se déclara à la suite d'un vomissement. On fut consterné; toutes ses compagnes, se mettant en prière, demandèrent à Dieu de lui rendre au moins assez de connaissance pour qu'elle pût se confesser. Elle la recouvra, en effet, pendant quelque temps, et le Père Druilhet lui donna l'absolution et l'extrême-onction. La pauvre enfant, sans parole, montrait au Père sa bouche, pour exprimer son désir de recevoir la communion; mais le délire recommença, et le lendemain, 4 mai, à quatre heures du matin, Dosithée rendait à Dieu l'âme qu'elle lui avait offerte en sacrifice '.

t Voir Lettre circulaire écrite par les élèves d'Amiens à la mort de Dosithée. — Voir aussi la Notice circulaire de Mme Prévost, p. 16

Immédiatement Dieu lui en paya le prix : Mme Barat était guérie. Le jour même de cette mort, 4 mai 1823, M. le docteur Bilon, professeur et secrétaire de l'académie de médecine de Grenoble, écrivait en ces termes à M. le docteur Terrai, médecin de la maison d'Amiens : « Après quarante- cinq jours de maladie, et plusieurs crises incomplètes, Mme Barat est enfin en convalescence. Déjà j'ai permis quelques légers aliments ; déjà la malade est restée levée près de deux heures; et, à moins d'un accident que rien ne m'autorise à craindre, bientôt Mme Barat sera rendue aux vœux de ses compagnes, comme à ceux de toutes les personnes qui la connaissent : la maladie est donc terminée. Je suis heureux de vous l'annoncer, et de vous offrir l'expression de la considération distinguée de votre dévoué confrère •. »

Le rapprochement entre la date de cette lettre et le jour de la mort de Dosithée fut un trait de lumière pour Mme Prévost. Voici en quels termes elle en écrivit à Mmo Aude : « Notre mère est aujourd'hui en pleine convalescence d'une maladie de quarante- cinq jours. Nous avons bien failli la perdre; tout même nous le faisait craindre. Mais Dieu a écouté nos prières, et reçu le sacrifice de la plus jeune de ses nièces, qui, apprenant que sa tante était à la mort, s'offrit au Seigneur pour mourir à sa place, disant qu'elle était inutile à la gloire de Dieu. Elle est morte à Amiens, le 4 mai dernier; et dès ce jour-là même le médecin de Grenoble, qui ne savait rien, a déclaré que la maladie de notre mère était terminée, et qu'il pouvait, pour la première fois, en donner l'assurance 2. »

i Lettre autogr. du docteur Bilon. Arch. du Sacré-Cœur. 2 AMme Aude. Paris, 18 juin 1823.

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