‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 191 sur 236 · SES ÉLÈVES DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

SES ÉLÈVES DANS LE MONDE

Ainsi s'élevait à Paris une génération de femmes à qui l'esprit français et l'esprit chrétien ont été si redevables au commencement de ce siècle : les unes exercèrent dans une position élevée une influence puissante, mettant leurs facultés au service des œuvres et des institutions qui sont encore aujourd'hui le soutien de l'Eglise de France; les autres, plus retirées dans le secret de leurs demeures, furent de la race de ces femmes dont l'Ecriture dit a que leurs fils se sont levés et les ont appelées bienheureuseg, et que leur époux s'est plu à célébrer leurs louanges ».

Nous pourrions les nommer *. Peut-être même serait-ce

1 Nous devons mentionner du moins quelques-unes des élèves défuntes, qui appartinrent à cette époque de 1820 à 1830. Telles furent Mesdemoiselles: Émerance de Rougé (comtesse de Lostange), que ea mère avait formée aux fortes vertus dont elle-même était le modèle à la cour. — Marie de Lespinasse, qui, au moment de sortir pour toujours du Sacré-Cœur, avait demandé que la vie lui fût enlevée, plutôt que d'encourir jamais la perte de l'innocence. Peu de jours après elle fut rappelée à Dieu, en 18-22. — Nathalie de la Marche, autre cœur angélique, qui fut intérieurement prévenue de sa mort au jour anniversaire de sa première communion, et qui partit joyeusement en appelant le ciel ! — Argentina de Spinola , fille admirable, que son père, tombant glacé et mourant dans les neiges de la Russie, avait recommandée au comte de Gramont. Elle périt dans les flammes, tandis qu'elle entourait sa mère de ses soins.

Elisa d'Auiichamp (comtesse de Lagarde) porta la dignité de la femme chrétienne dans les diverses ambassades où elle suivit son mari, puis renferma sa vie dans le secret de la famille et la présence de Dieu. — Angélique de Vence (comtesse de Divonne) était l'arrière, petite-fille de Mme de Se vigne et de M™ de Chantai. On disait qu'elle avait tout l'esprit de l'une avec la sainteté de l'autre. — Amélie de Guilhermy (Mma de Raymond), femme d'une foi énergique, fut l'apôtre de tous les siens. Elle a donné à la Compagnie de Jésus un fils qui l'assista à sa mort, qui fut précieuse devant Dieu. — Sophie d'Harcourt (duchesse d'Ursel), mariée dans la chapelle même du pensionnat par Mer de Quélen, fut à Bruxelles, dans sa famille et dans le monde, un type de la charité la plus oublieuse d'elle-même. — Élisa de Montarby, fille du gouverneur de la Martinique, fut une des pre-

là le complément nécessaire du tableau que nous venons de tracer. Mais beaucoup vivent encore; et parmi celles qui ont reçu leur récompense, combien ont enseveli dans le secret de la famille des vertus que le monde n'a jamais connues! C'était la recommandation de 3Ime Barat, et c'est le plus bel éloge de l'éducation donnée au Sacré-Cœur.

Maintenant nous allons voir se poursuivre, sous Charles X, l'ère de prospérité dont l'Institut a joui sous le règne précédent. Toutefois la scène change, l'horizon se rembrunit, et de sombres prévisions se mêlent à la confiance de Mme Barat sans la décourager. Effrayée des périls de

mières élèves de la fondation; elle monrnt au pensionnat dans la fleur de l'innocence. On raconte qu'au moment où elle expira une colombe voltigea dans l'infirmerie et disparut ensuite.

Il faut mettre au premier rang les trois sœurs Armette, Thérèse et Julia de la Rochejaquelein, héritières d'un nom que leur père et leur mère avaient rendu deux fois illustre. Mmc Barat avait une grande affection pour ces natures ardentes, que sa main sut assujettir au joug de la grâce. — Virginie de la Rovère était de la famille de saint Louis de Goozague; elle en avait l'amour de Dieu, de l'Église, des pauvres; sa vie fut admirable. — Victorine Chaillou (baronne de Havelt) s'est cousacrée à l'œuvre des missions et des pèlerinages. Sa dernière parole fut ce cri : « Mon Dieu, vous avez souffert plus que moi ! Mon Dieu, tout ce que vous voudrez! » — Nathalie de Boisgelin mourut à vingt ans. « La mort n'a pas encore vingt ans d'avance sur moi, écrivait-elle dans une sorte de testament spirituel, et voici qu'elle m'a rejointe, et déjà son bras levé s'apprête à me frapper. » Elle avait secrètement aspiré au bonheur de la vie religieuse, et avec la même joie qu'elle eût fait profession, elle fit à Dieu la sacrifice d'une vie immaculée.

Nous devons citer encore Mlle Jeannon [M™* Marteau), si charitable dans sa vie, si admirable dans sa mort. A ses derniers instants, comme son fils, qui venait d'entrer au séminaire, à genoux près de la mourante, faisait pour elle à Dieu cette prière de l'Évangile: « Voici. Seigneur, que celle que vous aimez est malade... Venez à elle, venez! — J'irai! » dit -elle vivement; et, jetant vers le ciel un regard enflammé, elle partit aussitôt vers le Seigneur.

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