LA PIÉTÉ DE SES ENFANTS
grave de ses préoccupations. Quelle importance souveraine elle attachait à leur première communion! Quelquefois elle acceptait l'honneur de les préparer elle-même à ce grand acte. « Au mois d'avril 1820, rapporte une pensionnaire , je me disposais à faire ma première communion avec onze de mes compagnes. Le dimanche du Bon-Pasteur avait été fixé pour la cérémonie. La veille de ce jour, le prédicateur de la retraite n'ayant pas pu donner l'instruction du soir, la mère générale fut priée d'y suppléer. On nous mena dans sa chambre; elle prit son Bréviaire, l'ouvrit au psaume xxn : Bominus régit me, et elle lut : « Le Seigneur, me conduit, je ne manquerai de rien. « Il m'a placé dans le lieu de son pâturage, a II m'a abreuvé et nourri; c'est Lui qui m'a élevé. i II a converti mon âme, et m'a remis dans les sena tiers de la justice.
a 0 mon Roi, votre sceptre m'a touché; ô mon Pasteur, « votre houlette m'a dirigé, et je suis consolé.
« Vous avez préparé une Table devant moi, pour me « soutenir contre mes ennemis.
« Vous avez sacré mon front avec l'huile sainte, et qu'il « est glorieux le Calice enivrant dont vous avez fait mon « partage!... »
« Mmo Barat commenta ces admirables paroles et les appliqua à la circonstance, avec une ardeur d'âme que je ne puis redire. Quarante-cinq ans écoulés depuis ne m'ont point fait oublier ce délicieux moment, et je retrouve toujours la même impression quand je récite ce psaume. »
A l'approche du grand jour, le zèle de Mme Barat pour ses jeunes communiantes devenait une sorte de religion. En 1827, la veille de cette fête, les petites filles déjà confessées et absoutes, étant venues lui demander de leur
pardonner, la conjurèrent ensuite de les embrasser, a Ah! pour cela, non! leur dit-elle en joignant les mains; pures comme vous êtes, c'est à Notre -Seigneur seul qu'il appartient maintenant de vous approcher de si près. Je n'ai pas le droit de toucher aux vases de l'autel, je les profanerais. »
Dans ce même sentiment d'humilité et de respect, une autre fois elle implora des enfants la faveur de leur laver les pieds. Mais elles se récrièrent si haut et s'y opposèrent si fort quelle dut y renoncer1.
Après la dévotion envers Notre -Seigneur Jésus-Christ, c'était l'amour de la sainte Vierge que Mmo Barat inspirait à ses élèves. Les plus ferventes étaient enrôlées dans la congrégation des Enfants de Marie, association pieuse, fondée presque en même temps que la maison de Paris, et qui avait ses chefs, ses lois, ses solennités, ses promotions, ses serments, ses droits et surtout ses devoirs. Le Père Varin luimême lui avait donné ses règles. C'était également une société de zèle, non seulement dans l'intérieur du pensionnat, mais encore dans le monde, et surtout dans la famille, où le bon exemple était indiqué aux congréganistes comme le plus efficace et le plus prudent de leurs moyens de conquêtes. Marie était le type qui devait perpétuellement être présent à leurs yeux. Le patronage sous lequel la petite congrégation avait été placée était celui de l'Immaculée Conception, dont le mystère, avant de devenir un article de foi, était un dogme de cœur pour tous les enfants de Mme Barat.
Voilà l'éducation telle que la pratiquent les saints : c'est Dieu donné aux âmes par les mains de l'amour.
1 Témoignage de M!ae Julie de Baillet, n° 117.