‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 193 sur 236 · APPROBATION DE L INSTITUT PAR LEON III QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APPROBATION DE L INSTITUT PAR LEON III QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL

L'approbation des Ordres religieux est une des causes qui furent réservées au Saint-Siège parle quatrième concile de Latran, en 1215. C'est par elle qu'une congrégation obtient le titre d'Ordre, au sens canonique de ce mot, et entre, pour ainsi dire, dans le cadre de l'armée régulière de l'Eglise. De grands avantages en sont la conséquence. Non seulement l'approbation confère aux Constitutions qui en sont honorées une autorité plus forte, une sanction plus haute, un caractère plus sacré, mais elle leur garantit l'inviolabilité, en les mettant à l'abri de toute main téméraire qui voudrait toucher à l'Arche sainte. De là également une garantie d'unité : ces règles ainsi protégées seront les mêmes partout; et partout où il lui sera permis de s'établir, l'Ordre n'aura pas à craindre qu'une autorité

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locale prévale contre sa loi. C'est ainsi que l'Eglise, en approuvant une Congrégation, la fait entrer en participation de ses propres attributs, qui sont d'être une société une, immuable, indépendante et universelle.

En outre de ces avantages, si précieux en tout temps, si souhaitables pour tout Institut, l'approbat«ion en présentait de spécialement et instamment réclamés par le Sacré- Cœur. Malgré les garanties d'attachement à Rome que la Société avait données par son origine, son nom, ses fondateurs, son enseignement, ses actes, n'était-ce pas néanmoins sur ce point délicat qu'elle avait déjà souffert la contradiction à Amiens, la proscription à Gand, et qu'elle était encore en suspicion à Turin? Or, pour sortir de là, une seule voie était possible: s'adresser à Rome même, lui demander sa sanction, lui témoigner son dévouement, recevoir son baptême, et river à ce centre de l'Eglise catholique les liens de fidélité qui attachaient l'Institut au Cœur de Dieu même.

En conséquence, regardant cette approbation comme un des plus grands bonheurs qui pût être réservé à elle et à sa famille, encouragée d'ailleurs par les témoignages de bienveillance dont le Saint-Siège ne cessait d'honorer la Société , Mme Barat sollicita du pape Léon XII cet immense bienfait, a Le bon Dieu, écrivait- elle à la mère Geoffroy, le bon Dieu nous réserve cette consolation avant de descendre dans le tombeau. Qu'il nous sera doux alors de dire notre JSunc dimittis ! »

A la date de cette lettre, 5 janvier 1824, l'affaire était déjà en préparation. Dès 1823, le cardinal Consalvi et le cardinal Pacca avaient mis à cette entreprise un zèle que M. l'abbé Perreau activait sans relâche. A Rome, le Père Rozaven; en Suisse, le vénérable et célèbre M. Vuarin,

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curé de Genève; en France, l'abbé de Rohan, secondaient les poursuites de la Société. Elles languirent cependant jusqu'à ce que, suivant enfin la marche régulière, on eût délégué un postulateur accrédité par la mère générale elle-même. M. le comte Mercy d'Argenteau, nouvellement fait prêtre à Rome, accepta cette mission, mais à la condition qu'une religieuse pénétrée de l'esprit de l'Institut viendrait en cette ville pour éclairer ses démarches. Mmo Bigcu, qui se trouvait alors à Turin, fut désignée à cet effet par Mm0 Barat. « Allez, ma fille, lui dit celle-ci dans une lettre du 18 novembre 1825, nous allons prier et faire prier pour vous. Combien est importante pour la Société la grande affaire que vous allez traiter! » Et le lendemain encore : « Nous n'avons plus qu'à prier et à conjurer le Cœur de Jésus de vous être favorable. Le bon Dieu veillera sur vous, puisque c'est pour son service et pour la gloire de son nom que vous avez entrepris cette importante campagne. » La mère Bigeu se mit en route avec la mère Lavauden et la sœur Fonsala, et arriva à Rome dans les premiers jours de décembre 1825.

Sur ces entrefaites, la question de l'approbation avait été soumise à la « Congrégation chargée des consultations des évêques et réguliers». Celle-ci s'était bornée à cette déclaration : « L'Institut mérite d'être loué, avec des vœux simples, sous l'obéissance des Ordinaires. Le rapport ayant été présenté à Sa Sainteté dans une audience du 2 septembre 1825, elle a daigné approuver le jugement de la sacrée Congrégation. »

C'était ce qu'on appelle un simple Bref d'éloge. Bien qu'il ne remplit pas entièrement son attente, Mm0 Barat le reçut avec reconnaissance. « Remercions le Seigneur, écrivait- elle à Mmo Prévost, le 24 décembre, c'est tout ce que

nous pouvions obtenir de plus consolant pour nous. Il est vrai qu'il manque une solennité à cette approbation. Elle est devenue impossible avec les lois de notre patrie. Que nous importe? Pour nous, l'essentiel est d'être assurées que le Père commun des fidèles nous reconnaît pour ses filles, et qu'il approuve les lois que nous suivons. Nous voilà dans le vrai chemin. »

Toutefois , si ce témoignage semblait suffire à la foi de Mmc Barat, il était insuffisant pour tirer ia Société de son état précaire et assujetti. Ce n'était qu'un premier pas vers le but qu'on voulait atteindre, et ce but semblait très éloigné encore; car, en suivant la marche ordinaire des choses, dix ans au moins d'intervalle devaient s'écouler vraisemblablement entre le bref d'éloge et l'approbation solennelle de l'Eglise. Au lieu d'attendre ce délai, ne devait -on pas pousser l'affaire immédiatement? Le Père Rozaven en donna le conseil. M. Mercy d'Argenteau sonda l'intention du Pape, qu'il trouva favorable. Mais ce qui entraîna tout , fut un mémoire adressé au Souverain Pontife par Mmo Barat. Il est écrit dans ce style à la fois plein de chaleur et de modération, d'élévation et de bon sens, dont elle possédait le secret.

La supérieure présentait d'abord son Institut comme « désireux de répandre la dévotion au sacré Cœur par toute la terre, et de tout embraser du feu du divin amour ». C'est sous de tels auspices qu'elle plaçait sa requête.

Cette requête s'autorisait des plus solides raisons, dont la principale était le besoin d'unité et d'indépendance pour sa Société. « L'obéissance aux Ordinaires est juste, disaitelle, et nous l'adoptons sans difficulté. Mais notre Institut embrassant les différents pays où notre Société peut être

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