‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 21 sur 236 · LE CATECHISME ET LA PREMIERE COMMUNION · texte numérisé non relu

LE CATECHISME ET LA PREMIERE COMMUNION

réponses. Mais elle était si petite et sa voix était si faible, que, pour la voir et l'entendre, il fallait la faire monter sur un escabeau. Aussi quand, à dix ans, elle se présenta pour être admise à la première communion, le vicaire, la jugeant trop jeune, l'ajourna sans examen. Le curé fut meilleur juge; il rappela Sophie, l'interrogea à fond, et, frappé de son instruction comme de sa candeur, il lui permit de venir s'asseoir à la Table des anges.

Cela se passait dans la mémorable année 1789! Avant l'heure où allait recommencer sa Passion, le Dieu de la Cène appelait à reposer sur son Cœur celle qui un jour devait en partager les souffrances, en dilater le culte et en glorifier les mystères.

Ces riches dispositions de nature et de grâce appelaient une direction : Sophie allait la trouver au foyer même de sa famille.

Après de fortes études à son collège de Joigny, d'où il était sorti, avant l'âge de dix-sept ans, remportant presque tous les prix de sa classe, le jeune Louis Barat avait résolu de se faire prêtre. Cependant les temps devenaient de plus en plus incertains; et l'on pouvait prévoir que l'Eglise, déjà livrée à la dérision, prélude de la violence, n'aurait bientôt plus à offrir à ses ministres que la persécution et peut-être le martyre. Ces tempêtes n'effrayèrent pas le courage de Louis Barat, esprit d'une foi solide et caractère d'une trempe peu commune. Il entra au grand séminaire de Sens, où l'ordre du sous -diaconat lui fut conféré à vingt-deux ans. Comme il avait dès lors terminé ses études ecclésiastiques, on l'envoya professer les sciences mathématiques à son collège de Joigny, en attendant qu'il eût l'âge de se consacrer au saint ministère. Ramené ainsi au foyer paternel, il fut étonné des dispositions de sa plus

jeune sœur. Il y vit l'indication pour lui d'un grand devoir : celui de former cette âme, et il se mit à l'œuvre de son éducation avec ce zèle généreux, mais un peu âpre, qui était la forme de son affection.

Jusqu'alors Sophie, inséparable de sa mère, avait vécu de la même vie, tantôt l'accompagnant aux vignes, tantôt s'employant à l'ouvrage de la maison, et prenant, sous sa conduite, ces habitudes d'ordre, de travail et d'économie qui, un jour, devaient rendre si chers à sa piété l'esprit et les mystères de la vie de Nazareth. Son frère l'appliqua désormais à l'étude. Il lui donna une règle. Chaque jour, de grand matin , à l'heure où son père descendait à l'atelier ou partait pour les champs, Sophie se levait. Elle se rendait d'abord à l'église voisine, où elle assistait pieusement à la première messe; puis, montant à sa mansarde, l'écoîière, seule sous le ciel, se plongeait dans une étude qui n'était interrompue que par les indispensables relations de la famille et de rares congés.

La plus habituelle de ces récréations était la promenade aux vignes de son père , sur la côte du Larry. De là, le cours sinueux de l'Yonne dans les prairies, l'amphithéâtre de coteaux que partage au loin le plateau du mont Tholon, la montagne de Saint- Jacques, et par derrière, les profondeurs de la forêt de Othe, offraient à ses regards une magnifique image de la beauté et de la grandeur de Dieu dans ses œuvres.

Elle aimait donc la nature; cette admiration fut toute la vie pour elle une joie , un repos et une religion. Elle avait aussi pour les animaux une bonté compatissante. Un voisin qui partait à la chasse aux oiseaux l'ayant invitée à l'accompagner pour lui porter bonheur, elle céda à ses instances. « J'y fus donc, racontait-elle; mais, pendant que

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