FONDATION DE LA TRINITÉ -DU- MONT
En même temps, le Pape lui exprimait son désir que l'on réservât pour Rome des maîtresses d'élite. En l'année précédente, M*r Lambruschini, se rendant à Paris, avait visité le Sacré-Cœur de Turin. Celle qui l'y avait reçu était Mm0 Armande de Causans, dont nous avons raconté l'entrée en religion au chapitre précédent. Saisi de la dignité tempérée de bonté que cette religieuse portait dans toute sa personne, il la demanda pour supérieure de la maison de Rome. « Ma chère Annan le, écrivit Mme Barat à cette digne fille, trois ou quatre des nôtres vont aller prendre possession de la Trinité-du-MonU Quelles seront ces premières? La Providence s'est expliquée. Vous êtes demandée par M*p le nonce. Le Père Rozaven a exprimé le même désir : j'ai cru que Dieu le voulait, j'ai consenti '. » Avec Mme de Causans devaient partir deux autres religieuses, Mmea Euphrosyne Faux et Adèle Cahier, de la même maison de Turin, dont Mme de Limminghe reçut la direction, « Ainsi c'est votre maison qui fait la fondation, écrivit à celle-ci la mère générale. Et que j'aime à penser que ce ne sera qu'une seule et même famille unie au centre! Combien cette union est consolante pour
nous
Les trois pèlerines partirent de Turin le 15 mars. Elles s'arrêtèrent à Lorette pour y célébrer la fête de l'Annonciation, dans le môme jour et le même lieu où s'est accompli ce mystère. Le 31, elles étaient à Rome. Elles furent bénies par le Pape une première fois, le jour du jeudi saint; puis, quelques jours après, elles furent reçues par Sa Sainteté en audience particulière.
On prit possession légale de la Trinité le 20 mai 1828.
1 Paris, 19 janvier 1828. — 2 Item, 20 juin 1828.
C'est une maison d'un aspect entièrement monastique. A l'intérieur règne un cloître à arcades cintrées sous lesquelles sont représentés les principaux faits de la vie de saint François de Paule, et dont chaque pilier porte l'image d'un de nos rois. De grands jardins s'élèvent en amphithéâtre au-dessus du monastère et dominent la ville. Mais, à cette époque, ces lieux longtemps abandonnés, puis dévastés durant l'occupation française, offraient l'image de la désolation : on répara ce désastre. En attendant, les religieuses logeaient dans le couvent des Franciscaines de Saint-Sylvestre in capite. Le père Rozaven leur servait de conseil. « Ayez recours à votre voyant, écrivait Mme Barat à la mère de Causans; je vous assure que, dans votre place, je ne serais pas embarrassée, ayant le Père Rozaven 1 ! »
Elle pria aussi la colonie romaine d'entretenir des rapports de charité avec Mme Louise Naudet, « dont Dieu, disait-elle, s'était servi autrefois pour aider la Société. » Les mères n'y manquèrent pas. Tant qu'elle vécut, Mme Louise fut accueillie au Sacré-Cœur avec une affection reconnaissante, car la Société lui devait en partie la nomination de Mmfl Barat. Aussi quand les religieuses faisaient devant elle l'éloge de leur mère générale, Mme Louise, fière de son ouvrage, ne manquait pas de répondre : « C'est moi qui vous l'ai donnée! »
Mme Barat était loin de se mettre à si haut prix. La seule chose qui paraît d'elle dans cette fondation, avant, pendant, comme après, c'est son humilité. Et combien cette vertu se montre aimable dans ses lettres ! Avec quelle bonne grâce et quelquefois quel esprit elle s'exé-
• Paris, 28 mai 1828.