‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 215 sur 236 · ELLE S'EFFACE HUMBLEMENT · texte numérisé non relu

ELLE S'EFFACE HUMBLEMENT

cute elle-même! Au début de l'entreprise, atteinte d'une fièvre intermittente, qui la retenait le plus souvent dans son lit, elle écrivait : « Bon Dieu! dans quel moment voulez-vous cette œuvre, et de quels instruments daignezvous vous servir? Voilà un mois que je languis, malade et impuissante : cependant tout a marché comme la Providence le pousse. Voilà avec quoi le Cœur de Jésus veut opérer! J'en suis, en vérité, si remplie de confusion, que si je n'étais retenue par la prudence, je le dirais à tout l'univers : ce serait le second volume de la bonne femme du frère Gilles1. » Apprenait-elle les bontés du Saint-Père et du nonce pour sa fondation : a Hélas! s'écriait-elle, ces grands serviteurs de Dieu nous croient de dignes instruments de sa gloire. Et au fond que sommes-nous? Tous ces bienfaits du Cœur de Jésus me percent l'âme : c'est un poids qui m'accable. Il faudrait du courage, demandez-le pour moi 2. »

Aussi, à peine eut-elle assis ce nouvel ouvrage, qu'elle n'eut rien de plus pressé que d'en abdiquer l'honneur, o C'est vous, ma chère fille, écrivait-elle le 28 mai à Mmo de Causans, c'est vous qui serez la pierre fondamentale de cette œuvre si intéressante. Je suis tellement pénétrée de cette vérité, que je rends tous les jours grâce au Seigneur de ce qu'il a arrangé les choses de manière à ce que je n'y fusse pour rien. J'aurais tremblé pour sa réussite, s'il en eût été autrement; et j'ai du moins cette tranquillité que l'œuvre n'en ira que mieux avec d'autres instrument*. »

Enfin , comme l'établissement et le gouvernement de

1 A Mœe A. de Causans. Paris, 19 janvier 1828.

2 A Mmo Duchesne, 9 mai 1828.

cette fondation l'obligeaient à correspondre avec les cardinaux et le Pape lui-même, Mme Barat, toute confuse, cherchait à donner le change sur le véritable rôle qui lui appartenait : « J'écris en ce moment au Souverain Pontife, mandait-elle à la supérieure d'Amiens; mais cette correspondance ne me fait pas oublier la belle vache que vous m'avez promise. Hélas! je n'aurais jamais dû avoir que cet emploi, si l'on m'eût mise à ma place! Si je ne renverse pas la Société, c'est bien parce que Notre-Seigneur agit lui-même et gouverne seul. Vous avez donc de grands motifs d'avoir confiance; car si l'instrument est faible, il est dans la main toute-puissante de Dieu, n'étant rien que par Lui. Cette conviction fait ma force et mon bonheur f. »

Mais personne ne se méprenait sur la part qui revenait à la mère générale, particulièrement dans cette fondation, fruit de sa souffrance non moins que de son humilité; et en tête des documents relatifs à cette œuvre, on remarque ces lignes : « >îous ne doutons pas que, de son lit de douleur où la fièvre l'a tenue pendant plus de trois mois, cette digne mère n'ait beaucoup contribué à la réussite de cette grande affaire, en attirant sur les personnes qui agissaient en son nom, et sur la Société tout entière, ces grâces de choix que le Ciel n'accorde jamais sans que la croix les accompagne !. »

La fondation était faite. Toutefois, pour répondre aux intentions du Saint-Père et ouvrir un pensionnat, trois personnes ne pouvaient suffire. La mère de Charbonnel partit donc de Paris pour aller les rejoindre, et, passant par Turin, elle emmena avec elle douze religieuses ou

« A Mme de Rozeviile. Paris, 28 août 1828. î Relations et lettres de Rome, reg. in-f°, p/2.

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