‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 217 sur 236 · ÉTAT DES MAISONS D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT DES MAISONS D'AMÉRIQUE

de novices ferventes dans son nouvel établissement de Saint- Michel. Heureuse de ces fruits de grâce, la mère Barat *il dm l'âme de ses filles le retour à l'âge d'or de la ne religieuse; et impatiente des froideurs qu'on v apportait, elle en adressait à M- Audé ces plaintes éloquentes i « Je vous en prie, ma fille, ne cessez de demander au sacre Cœur de Jésus des épouses humbles, simples, zélées pour les intérêts de sa gloire. Que nous en avons besoin! Le travail presse et devient chaque jour plus nécessaire. Et cependant la charité se refroidit, les âmes ne se livrent pas au divin amour comme dans les siècles passés. Ah I si nous les faisions revivre! Le Cœur de Jésus, cette fournaise enflammée, ne saurait-il produire ces doux et puissants effets dans les âmes qui lui sont consacrées? Au moins abaissons- nous! Que nous avons de motifs d'être petites avec tant de défauts et de misères «I i

Une grâce que ses filles d'Amérique lui demandaient depuis longtemps, c'était de retourner à ce berceau de Saint-Charles qu'elles n'avaient quitté que les larmes aux yeux, et avec l'espoir d'y rentrer un jour. Pressentant qu'elle allait peut-être avoir de nouvelles et tristes raisons de chercher des asiles pour ses religieuses de France, M™ Barat consentit à cet établissement. « Tous les maux vont fondre sur nous, écrivait-elle en juin 1828. Dans ce cas, ma chère Philippine, nous vous enverrons du monde. C'est une raison de plus pour acccepter Saint-Charles ». » Elle en nomma supérieure M™ Lucile Mathevon , qui s'y rendit dans l'automne, au sein d'une indigence consolée bientôt par de grands fruits de salut. « Je tiens beaucoup à Saint-Charles, écrivait M™ Barat dans le printemps

* Paris, 9 décembre 1827. - 2 Paris> 6 juin 182g#

suivant : ce sera peut-être la maison qui fera le plus de bien. »

En France, le Sacré-Cœur avançait toujours, même sous le feu de l'ennemi , avec cette confiance intrépide qui fait partie de sa grâce et de sa destinée. Deux hommes considérables de la ville de Perpignan, MM. Lazerme et Delon, l'un député du Roussillon, l'autre conseiller de la Préfecture, étaient venus proposer à Mme Baratune maison et des jardins : la ville et tout le pays , attachant le plus grand prix à cette fondation, s'apprêtaient à lui faire un chaleureux accueil. La supérieure accepta : a Ce sera notre passeport pour l'Espagne, un peu plus tard, » écrivaitelle dès lors à une de ses filles. La mère Grosier y alla installer, au mois de mars 1829, Mme Kerulway, Bretonne de tête et de cœur, capable de se faire aimer des amis de la religion, et de se faire respecter de ses ennemis1.

1 Dieu bénit M. Lazerme de cette œuvre de zèle , en suscitant près de lui une vocation bien extraordinaire, ainsi que nous lisons dans le témoignage autographe de sa fille :

« Je n'avais pas encore six ans, et je ne connaissais pas du tout le Sacré-Cœur; je n'en avais jamais entendu parler, et il n'en existait pas de maison à Perpignan, lorsqu'un prêtre qui logeait chez mon père me demanda un jour ce que je voulais être. Je lui répondis sans hésiter: « Religieuse. — Et de quel ordre? reprit-il. — — Oh ! ce n'est pas de Sainte-Claire ni de la Miséricorde ( les seules communautés que je connusse alors), mais d'un ordre dont je ne sais pas le nom, où l'on sera comme Jésus, où l'on priera beaucoup et où l'on fera du bien aux autres. Je ne sais pas m'expliquer, mais je me comprends bien. » Je voulais dire un ordre mixte. Disant cela, je regardais très fixement dans un coin de la grande chambre où j'étais , et je crus voir passer très lentement une religieuse que je n'avais jamais vue, dont le costume m'était également inconnu, et qui jeta sur moi un regard pénétrant que je ne saurais décrire, et ne resta là qu'un instant. L'abhé, qui me con-

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