FONDATIONS A PERPIGNAN, A AVIGNON
A quelque temps de là , la ville d'Avignon reçut aussi uue colonie, qui s'établit d'abord dans l'hôtel possédé par le marquis deVidaud. On acheta, l'année suivante, l'ancien couvent des Carmes, situé place Saint- Joseph, et on y commença des travaux dont bientôt la Révolution allait interrompre le cours.
M"10 Barat voulait des âmes. Non contente de travailler à les enfanter par ces fondations, que ne faisait -elle pas pour les défendre! quel cri de mère elle poussait quand le siècle les menaçait de sa contagion! a Combien nous souf-
sidérait, parut fort surpris de mon attitude et de ma confidence. Depuis ce temps, j'aimais à aller seule dans cette chambre et à y prier.
Quelque temps après, une maison du Sacré-Coeur fut fondée à Perpignan. J'obtins enfin de mon père d'y entrer pour y faire ma première communion. J'y tombai fort malade. Un jour que j'étais couchée à l'infirmerie, ignorant que Mme Barat fût à Perpignan, tout à coup la porte s'ouvrit, et quelle ne fut pas ma surprise de voir approcher de mon lit celle que j'avais cru voir à l'âge de six ans! C'était bien elle-même. Elle mit ses deux mains sur ma tète, et sans que j'eusse dit à personne un seul mot de mon attrait, cette sainte mère me dit immédiatement : « Oui, Jenny, vous serez nôtre un jour. Vous ferez votre première communion et toutes vos classes au Sacré-Cœur; et puis toute à Jésus, toujours! » Je ne pus que sourire, tant j'étais émue et surprise à la fois, et son long regard pénétrant sembla me parler longtemps encore.
« Lorsque, plus tard, l'abbé Philip m'eût revêtue des livrées du sacré Cœur, il crut devoir me rappeler cette circonstance de mon enfance, que j'avais perdue de vue. Quand, en 1854 , je revis notre mère fondatrice à Paris, elle me reconnut aussitôt, m'appela par mon nom, et fit allusion à ces choses que seules, elle et moi, pouvions connaître.
« Je.n.ny Lazerme, Bel. du S.-C. »
La visite de Mme Barat à la jeune malade se rapporte au commencement de mai 183G. Mm6 de Limminirhe, compagne de voyage de la mère générale , a raconté son étonnement de la voir ainsi appeler par son nom une enfant qu'elle ne connaissait pas et qu'elle voyait alors pour la première luis.
frons maintenant de voir tant de scandales, d'entendre tant d'horreurs! écrivait-elle en mars 1829. Comment nos enfants pourront-elles résister à ce torrent? Et les pauvres, et les riches? Ahl ma fille, redoublez de zèle pour toutes; qu'on leur inculque surtout la crainte de Dieu et l'horreur du péché. Il faut que notre parole frappe comme un glaive à deux tranchants. Fut-il jamais plus nécessaire, ce double glaive? Les cœurs s'appesantissent, s'endurcissent. Si nous nous contentons des vertus ordinaires qui suffisaient autrefois dans un milieu chrétien, nous manquons notre but. Dans les temps extraordinaires, il faut des vertus extraordinaires1. »
Mais quand on a travaillé et combattu pour Dieu, une ressource reste encore à qui veut sauver les âmes : c'est de s'immoler pour elles. Voici en quels termes Mme Barat faisait considérer à ses tilles le devoir de l'expiation et de la réparation comme un devoir d'état : « Je souffre, ma fille, Fiat! Il faut bien pâtir, et c'est surtout dans ces temps malheureux, où Dieu est tant offensé, que chacune de nous devrait devenir une victime pour les péchés des hommes ! Ah ! peut-être y a-t-il d'autres âmes qui souffrent pour nous : quel renversement! J'en ai une telle honte quand j'y pense, que je voudrais aller me cacher sous terre, pour me dérober aux yeux de l'univers, qui semble me reprocher cet attentat. Encore, si j'étais seule coupable!... Mais, ma fille, ne croyez pas que je vous aie en vue, hélas! et que je vous joigne à moi dans ce reproche. Non, mais je dis en général que nous sommes coupables, que nous sommes loin de remplir le but de notre vocation , qui , au fond , est cela ■! »
i A MB* E Giraud, 23 mars 1829. — 2 pariSj 7 mars 1829.