SA DOUCEUR DANS (.INFIRMITÉ
suis? N'est-ce pas le cas de dire, avec l'Écriture, que Dieu a chargé m Mge8 de veiller sur ^ de peur .g
Heurte du pied contre la pierre '? »
La fête du sacré Coeur l'embrasa d'une grande ardeur. Le 17 juin, veille de ce jour, elle se fit porter dans la salle de communauté, pour y faire à ses filles une conférence générale. Son texte fut cette parole de l'Écriture - \oKi le grand jour que le Seigneur a fait , rejouissons -nous donc et soyons dans VaUégresse. Elle expliqua comment, en effet, le Seigneur avait fait cette grande journée, en .nspirant à nos âges la dévotion de son Cœur. Elle dit aussi pourquoi il fallait se réjouir, puisque c'était la fête du bonheur par excellence, la fête de la grâce, la fête de 1 amour, et que toutes devaient en être les témoins et les apôtres même au delà des mers, si Dieu le demandait. « Quelle mission! s'écria-t-elle, et quel déluge de grâces D,eu fa.t tomber sur nous! Et cependant, qu'est-ce que tout cela, comparé au bonheur qui couronnera un jour no* faibles travaux? Délices ineffables, qui faisaient s'écriera saint Augustin et à sainte Monique, sur le rivage d'Ostie • « 0 mon Dieu, que fais-je donc sur celte misérable terre, « et que puis-je désirer encore ■ ? »
Le seul désir qui lui restât, elle l'exprimait ainsi à M"-» Duchesne : « Si nous pouvions encore nous revoir sur cette terre avant que Dieu dispose de nous, quelle consoation! Hélas! ma cbère fille, je ne sais pourquoi je me laisse aller à ces désirs, infirme comme je suis, toujours dans ma corbeille, sins pouvoir faire un pas... »
Cette lettre était du 2 juillet 1830. Trois semaines après la France avait cliangé de face.
1 Journal,/,, n • fcf, 18 avril 1830.
» Conférence do . jnio 1830. - Kecueii, p. 74.
Il faut nous arrêter. C'est ici, sur le seuil de ces graves événements, que se termine la première partie de la carrière que nous retraçons dans ce livre, et dont 1830 marque le milieu. Aussi bien, cette année est -elle une date mémorable dans la présente histoire. D'abord, en fermant un demi-siècle de l'existence de Mm0 Barat, elle nous permet d'embrasser, d'un regard d'ensemble, les progrès accomplis depuis le commencement par cette âme fidèle. On la voit premièrement cachée, soumise, tremblante, obéir comme un enfant à la conduite de son frère, et n'agir que sous la tutelle discrète du Père Varin. Elle s'élève ensuite à la maturité et à l'autorité de sa mission de mère, dans la direction des premières maisons de la Société. Bientôt elle devient apôtre, conduisant dans les deux mondes les pacifiques conquêtes du royaume de Dieu. Enfin, s'unissant chaque jour plus étroitement au Cœur et à la Croix de Jésus, elle appelle , elle embrasse ce rôle de victime qu'elle ne quittera plus. De l'humilité à la force, de la crainte à l'amour, de l'amour au sacrifice, du sacrifice à l'holocauste, on la voit, comme le dit le psaume, disposer en son cœur ces belles ascensions qui, de cette vallée de larmes, l'élèvent graduellement vers le lieu du repos. La carrière du juste, a dit l'Esprit- Saint, est comme une lampe brillante, dont la clarté ne cesse de croître jusqu'au grand jour ' . »
Mais en même temps qu'elle est une époque considérable dans la vie spirituelle et apostolique de la fondatrice, l'année 1830 marque une heure importante dans l'histoire de sa Société. Quelque temps auparavant, le Père Varin, considérant l'existence de l'Institut dans ses diverses
1 Proverbes, iv, 18.
l'oeuvre et l'ouvrière 535
phases, les comparait à celles que suit l'existence de l'homme dans son développement1. L'humilité, l'obscurité de l'œuvre de Tournély, inspirée par le Ciel même, conçue dans l'oraison, portée dans le silence, et longtemps cachée aux hommes, était la vie de l'enfant dans le sein de sa mère. Les humbles commencements de la Société, à Paris, et son établissement, si frêle encore, à Amiens, c'était la petitesse et les premières promesses de l'enfant au berceau. Dans la crise d'Amiens, avec ses alarmantes mais fécondes souffrances, le fondateur ne voyait qu'une maladie de croissance, profitable à la Société, dont elle avait formé, en définitive, la Constitution. Enfin depuis dix ans, l'Ordre, se fortifiant toujours, était entré dans l'âge de l'adolescence. Maintenant , c'était l'heure des épreuves patientes et des vertus viriles, qui devaient le conduire à ce que saint Paul appelle « la plénitude du Christ, et l'âge de l'homme parfait ». Les révolutions qui vont se succéder pourront, il est vrai, entraver ce progrès, mais elles ne l'arrêteront pas. C'est à le raconter que nous consacrerons la suite de cette histoire : l'histoire de Mmo Barat, l'histoire du Sacré-Cœur, l'histoire du règne de Dieu.
1 Journal du noviciat, au 29 juillet 1825.