‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 220 sur 236 · SON AMOUR DE LA SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

SON AMOUR DE LA SOUFFRANCE

de son dé<ir de la mort : « Je n'aime pas ce désir, répondit-elle; je voudrais plus de générosité dans une épouse du Sacré-Cœur. Vivre pour souffrir et pour gagner des ooenra à J< sus-Christ est plus généreux que de désirer de mourir pour jouir. Dites donc, ma fille, avec sainte Madeleine de Pazzi : ■ Toujours soufTrir, et, s'il était possible, ne jamais mourir •! »

La mère générale appelait la souffrance, elle lui fut donnée. Il y avait plusieurs mois qu'elle sentait dans tous ses membres une impuissance douloureuse, quand, vers le milieu de mai 1829, elle fit une lourde chute, dont elle rendait ainsi compte à la mère Grosier : « Cette lettre, ma bonne mère, a été interrompue par un accident qui pouvait me tuer; heureusement que mon bon Ange m'a gardée. Je suis tombée fortement à terre du haut d'une table où j'étais montée pour ouvrir une fenêtre. J'ai le côté meurtri et le pied foulé, je ne puis marcher ni remuer. Trente sangsues, le lit, etc., ont éloigné le danger. Mais je suis encore fatiguée, on me porte dans un fauteuil. Remerciez le Seigneur de m'avoir préservée d'un plus fâcheux accident '. »

L'accident était grave : des rechutes l'aggravèrent encore, on craignait d'être obligé de couper le pied malade; l'inaction la plus complète fut prescrite à cette vive et active nature. Au mois de février suivant, Mme Barat écrivait : a Je ne puis faire un pas, même avec des béquilles. Les médecins m'en donnent encore pour trois mois, et je crains que ce ne soit pour la vie : Fiat 8 ! » De longtemps au moins elle ne quitta plus le lit, ou l'espèce de corbeille dans laquelle elle gisait tout le jour, à la merci d'une

1 A Mme de Limminghe, 11 déc. 1829. — 2 Paris, mai 1829. 3 A Mmc Duchesne, 14 février 1830.

sœur. C'est dans cet état de victime que la supérieure allait traverser nos fureurs révolutionnaires.

L'année 1830 s'ouvrit sous ces douloureux auspices. Les premiers jours de janvier ne ramenèrent pas au noviciat les fêtes accoutumées, et le Père Varin, y étant venu saluer la communauté, fit signe aussitôt que l'on cessât les chants. « On ne chante pas aujourd'hui, dit-il en secouant la tête, nous sommes trop tristes pour cela... Eh bien! asseyons-nous, pour causer un peu ensemble de l'Ami éternel, et finissons toujours par dire : « Que Dieu est bon! » La dernière parole qu'il laissa à ses filles fut qu'il fallait être prêt à tous les sacrifices, et dire toujours à Dieu : « Oui, mon Jésus! »

Les princes de l'Eglise et de la France catholique s'empressaient cependant autour du Sacré-Cœur. Msr de Quélen, Mme la Dauphine, la duchesse de Berry, même la reine de Naples, venaient y demander des prières. Mme Barat ne paraissait plus : elle avait profité de son impuissance pour se faire une retraite solitaire avec Dieu. « Je vis, écrivait-elle le 14 février à Mmc Duchesne, au milieu de grandeurs que j'évite autant que je puis. Souvent, pour me délasser, j'envie vos vastes forêts et les bords du Mississipi. Est-ce que je ne les verrai jamais? »

Traînée dans les allées sur une chaise roulante que suivait ordinairement une brebis familière qu'elle nourrissait de ses mains, elle bénissait le Seigneur de son infirmité : « Dieu sait bien ce qu'il me faut, disait-elle à ses novices. J'étais trop active : il me le fait expier. » Au printemps, elle essaya de faire quelques pas, appuyée sur des béquilles, mais si chancelante encore, que ses filles tremblaient: « Oh! non, répondit-elle alors affectueusement ; comment pourrais-je tomber, entourée comme je

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