‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 32 sur 236 · LE PÈRE JOSEPH VARIN · texte numérisé non relu

LE PÈRE JOSEPH VARIN

faire connaître ce serviteur de Dieu. Aussi bien fut -il l'homme de la Providence, non seulement pour l'âme de Mm0 Barat, mais pour la société dont nous écrivons l'histoire, et qui vénère en lui son fondateur, son législateur et son modèle.

Joseph Varin d'Ain velle, né à Besançon d'une famille distinguée dans la magistrature, n'avait guère alors que trente ans. Sa vie , singulièrement diverse et agitée , était marquée du signe des grâces de choix ; ses brillantes qualités semblaient le prédestiner aux plus grandes entreprises, mais il en avait longtemps ignoré le secret. A seize ans, il ne connaissait que chevaux, courses, chasses, aventures et voyages. A dix-neuf ans, il entrait cependant au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris; et là, sous la conduite de M. Emery, il pliait franchement à l'étude, à la piété et à la discipline les énergies d'une âme qui n'avait rien perdu de ses bouillantes ardeurs1. Mais le travail sédentaire allait mal à cette nature ; et bientôt sa santé gravement compromise le força de renoncer à la vie du séminaire. Il quitta donc Paris, à l'âge de vingt-deux ans, le jour même de la fameuse prise de la Bastille. Peu après, nous le trouvons enrôlé dans un régiment de dragons de l'armée de Condé, et faisant avec une bravoure chevaleresque les campagnes de 1792 et 1793. Là, sans rien perdre de sa foi et de sa courageuse pureté, il retrouva au milieu des périls et des batailles une santé avide de mouvement et d'action.

Un jour, à vingt-cinq ans , désespéré d'avoir manqué un

1 Un saint sulpicien, qui plus tard se fit trappiste, M. l'abbé Tassin, disait alors de lui et de quelques-uns de ses compagnons : « Vous verrez ces jeunes gens former une société qiù fera un grand bien dans l'Église. »

combat meurtrier, livré pendant un congé qu'il prenait dans sa famille, Varin d'Ainvelie s'était rendu en Belgique pour demander du service dans les hussards de Choiseul. Passant alors par Vanloo. il y visite quatre de ses amis de séminaire qui le pressent instamment de se consacrer avec eux au service de Dieu. Le soldat se contente d'en rire : « Faites de moi ce que vous voudrez , excepté un moine , leur dit-il d'abord. — Soyez tranquille, lui répond le chef de la petite troupe, vous serez toujours militaire. Nous servirons Dieu en soldats, l'arme au bras et au cœur. » Varin consentit du moins à consulter Dieu. Il se confessa, il communia ; Dieu lui parla au cœur. Quand il se leva de la table sainte, il était baigné de larmes. Au sortir de là saisissant la main de celui qui venait de lui donner la communion : a Quand même, lui dit-il, Dieu m'eût envoyé un ange pour me faire connaître sa volonté, je n'en aurais pas une certitude plus entière. Je n'hésite donc plus, je suis avec vous <. »

Le jour où cela se passait, 18 juillet 1794, était justement la veille de celui où l'héroïque Mme Varin, sa mère, « montait à l'échafaud , pour de là monter au ciel , » suivant l'expression même de cette femme sublime. Son fils l'ignorait alors. Mais la dernière prière de la noble victime avait été offerte pour que ce fils « rentrât dans sa vocation 2 ».

1 Lettre du Père Varin à sa sœur, dans la Vie du R. P. Varin, par P. Ach. Guidée, ch. iv, p. 25. — Voir le récit autographe de Mme de Gramont d'Aster sur ces commencements du Père Varin, dans le journal du Conseil de 1820.

2 Voir Notice en note dans la Vie du Père Varin, ch. v, p. 35. — Cette femme admirable disait quelquefois en parlant de son fils : « Mettons-nous à genoux et disons un Pater et un Ave pour Joseph; il n'est pas dins sa voc;ttion; et il se perdra dans l'état militaire où

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