LE PÈRE JOSEPH VÀRIN
Les quatre amis qui venaient de reconquérir à l'Église cette âme rachetée par le sang d'une mère , étaient l'abbé Charles de Broglie , Pierre -Charles Leblanc, Xavier de Tournély, et son frère aîné, Léonor de Tournély, prêtre d'une piété angélique, que ses amis avaient élu supérieur de leur petite société du Sacré-Cœur. Tel était le nom qu'avait pris cette troupe de jeunes hommes , décidés à reconstituer l'ancienne et célèbre Compagnie de Jésus.
Le jour même où elle faisait cette riche recrue, l'association errante se mettait en route pour l'Allemagne ; et après cinq semaines de marche, elle arrivait à Augsbourg. Ce fut là qu'au bout de deux ans d'épreuves héroïquement décisives, Joseph Varin reçut le sacerdoce, dont il saluait en ces termes la captivité bienheureuse : « Me voilà donc lié , attaché pour toute ma vie , comme une victime à l'autel . Ah l du moins, je ne me débats pas dans ces liens. Loin de songer à les briser, ou plutôt à m'y briser moi-même , ces liens dont les anges se reconnaissent indignes, je les baise et les chéris : ils sont tout, mon bonheur. Seulement que n'ai-je un autre cœur, un cœur brûlant d'amour, pour répondre au bon Maître, à l'Ami, au tendre Père que, chaque jour de ma vie, je verrai sous mes yeux et je porterai dans mes mains ■ ! »
Repoussée par les progrès de l'invasion française
il est aujourd'hui. » — « Ne nous plaignons pas, répondait-elle aux personnes qui pleuraient sur son sort, nous savons où nous allons : d'abord à l'échafaud, et de là au ciel. » — Accusée d'avoir correspondu avec son fils émigré, elle avoua simplement ce crime capital : « J'offenserais Dieu, répondit-elle, si je trahissais la vérité, et ie ne veux pas plus la trahir que ma foi. » — Elle monta à l'échafaud d'un pas ferme, à l'âge de cinquante -sept ans.
1 Lettre du Père Varin à sa sœur Mm& de Chevroz, citée dans sa vie,ch. iv, p. 51.
d'Aïusbourg à Passau, de Passau à Vienne, de Vienne à Hagenbrunn, la petite colonie, pauvre, persécutée, augmentait chaque jour en nombre et eu ferveur. C'est alors que Dieu commença à lui découvrir un ouvrage nouveau.
Il ne suffisait plus au zèle sacerdotal de travailler à relever la religion par les hommes. Les femmes, les mères de famille, les épouses chrétiennes, les jeunes tilles vertueuses devaient avoir aussi une part très considérable, et plus grande que jamais, dans la rénovation de la société. C'est pourquoi Tournely fut inspiré de fonder, parallèlement à son institut de missionnaires, et presque sur le même plan, un institut de femmes consacrées à l'instruction non seulement des enfants pauvres, mais des classes élevées et influentes du monde. « Se dévouer au Cœur de Jésus, disent les Mémoires du temps, ressusciter l'amour de Jésus dans les âmes et la lumière de sa doctrine dans les esprits ; pour cela, prendre les sentiments et les dispositions intérieures de ce Cœur divin et les répandre par le moven de l'éducation de la jeunesse : tel fut le but de Tournely dans la conception de cet ordre de femmes1. » En conséquence cet ordre devait porter, comme l'autre , le nom du Cœur de Jésus, selon que le divin Maître lui-même s'en était ouvert à son serviteur.
Comment s'était faite cette communication? dans quelle union intime avec Jésus -Christ vivait habituellement le supérieur de la communauté d'Hagenbrunn ? Il faut s'arrêter un peu devant cette figure toute sainte, toute céleste du Père de Tournely. En effet, pour la famille religieuse du Sacré-Cœur, cet homme est le premier ancêtre; et,
1 Sotes autographes de la mère Desho.yes, p. 25