‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 87 sur 236 · SON MANRÈSE DE POITIERS · texte numérisé non relu

SON MANRÈSE DE POITIERS

amour qui se changeait très souvent en un heureux martyre. C'est dans ce lieu que sa Société, si petite encore, se formait dans son cœur. Dieu, qui se complaisait dans cette âme innocente et droite, lui fit connaître ses vues pour l'avenir, tout en lui préparant des croix qui ont été grandes. J'ose dire que ce séjour de Poitiers fut son Manrêse; il lui a laissé des souvenirs ineffaçables •. »

Maintenant, plus que jamais, elle devait agir seule : le Père Varin s'éloignait. Après avoir annoncé à ses frères la nouvelle de leur dissolution, il leur avait dit : « Adieu ! à l'espoir de nous revoir et de nous revoir tous ! Quand nous nous retrouverons, on fera l'appel nominal. Heureux alors celui qui pourra répondre : Adsum. » Il avait espéré se fixer à Paris, pour de là correspondre plus facilement avec ses frères dispersés; Fouché ne le permit pas. Ayant vainement tenté de séduire ce généreux cœur par l'appât des dignités ecclésiastiques, le ministre lui enjoignit de partir pour Besançon ; et ordre fut donné au préfet de la ville d'avoir l'œil sur lui.

Le grand missionnaire alla demander un asile au château de sa digne sœur, Mme de Chevroz. Là, seul, loin des honneurs qu'il refusa constamment, il s'enfonça dans une vie de recueillement et de prière, qui ne devait être inutile ni à lui ni aux autres. Ce fut aussi son Manrèse, retraite sanctifiée, solitude féconde, d'où nous verrons sortir les Constitutions des religieuses du Sacré-Cœur, et que peutêtre la Providence ne lui avait ménagée que pour cela.

1 Récit de la mère Thérèse,]). 145.

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