FONDATIONS A CUIGNIERES ET A GAND
n'avait pas le sens commun, disait Mme Barat, a été le noyau de la maison de Beauvais, une de celles qui font le plus de bien. Je regarde la bénédiction de Dieu sur Beauvais comme le fruit des souffrances endurées par la petite famille de Cuignières1. » Nous la visiterons plus loin, sur les traces de iMme Barat.
Dans le même temps, l'évêque de Gand, M** Maurice de Broglie, cet ancien et fidèle ami du Père Varin , proposait au Sacré-Cœur les bâtiments de l'ancienne abbaye de Dooresele, située dans l'enceinte même de sa ville épiscopale. On accepta ses offres, et l'on mit à la tête de l'établissement une jeune fille belge, Mm0 Antoinette de Perlaranda, d'origine espagnole, et d'une race illustrée par saint François de Borgia. Il y avait peu de temps qu'elle avait fait ses vœux, et elle n'était que dans sa vingt-unième année; mais sa maturité, son nom, ses talents solides, son habitude de la langue et des mœurs du pays, la désignaient pour être supérieure en Flandre. Ce fut au mois de mai 1808 qu'elle arriva à Gand, où nous ramènera également l'histoire de Mme Barat.
Ces deux nouvelles fondations étaient des colonies envoyées d'Amiens. Poitiers eut aussi sa fille, et voici comment Dieu en prépara le berceau.
Depuis longtemps les vicaires généraux de Poitiers sollicitaient le Sacré-Cœur de s'établir à Niort, qui était de leur ressort ecclésiastique. Le 27 mai 1808, Mme Barat s'y rendit, emmenant avec elle deux de ses nouvelles compagnes de la maison des Feuillants : Mm0 Bernard, qui était elle-même Niortaise, et une autre religieuse destinée à diriger l'établissement projeté.
1 Journal de la Pvobalion, 8 juin 1855 , p. 15.
Cette future supérieure s'appelait Suzanne Geoffroy. C'était, à cette époque, une personne de quarante- sept ans, en qui de grandes épreuves n'avaient pas altéré l'aimable candeur des enfants de l'Evangile. Il y avait seulement huit mois qu'elle était entrée dans la Société, où l'avait précédée la renommée de ses bonnes œuvres. Aussi quand son tour vint, aux récréations, de raconter son histoire, l'attention redoubla. Elle eut bientôt ravi l'admiration des sœurs, et Mme Barat fut la première à reconnaître que « cette histoire annonçait des vues de Dieu toutes particulières sur cette âme et la Société ».
Née sous le règne de Louis XV, en 1761 , dans le vieux château de Tellié, près du bourg de Lezay, où son père était notaire, Suzanne avait été, jeune encore, emmenée et élevée à. Poitiers, chez son oncle paternel, qui y remplissait la charge de procureur. Là, rien n'avait été négligé pour la culture de son cœur et de son caractère ; mais la culture de l'intelligence était restée médiocre. « Il n'en a coûté à mes parents que quinze francs pour me faire apprendre ce que je sais, disait-elle en parlant de ses premières études; aussi, mes sœurs, jugez-en ! » Nous sommes forcés d'avouer qu'elle se jugeait bien ; ses lettres en font foi, car il est difficile de mettre un style plus charmant sous une orthographe plus indisciplinée que celle de Mine Geoffroy. Mais, comme elle était douée exceptionnellement, elle suppléait à ce défaut d'instruction première par un tour d'esprit tout particulier, et une conversation d'une vive et piquante originalité. Elle avait en outre un caractère généreux, entreprenant, intrépide. Sa pieuse tante, qui l'aimait beaucoup , la croyait faite pour plaire extrê-^ mement au monde. De son côté, le monde était loin de déplaire à Suzanne. Elle-même raconte comment elle