‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 96 sur 236 · FORMATION DE MAD\ME G1RADD · texte numérisé non relu

FORMATION DE MAD\ME G1RADD

nous le trouverons à midi dans le lieu de son repos. Ce midi tout brûlant, le connaissez-vous, ma tille? Est-ce à votre pauvre mère à vous découvrir ce trésor? Peut- elle parler des ardeurs de l'amour de Jésus?... Adieu, je n'en embrasse pas moins vos petits agneaux i . »

La mère Emilie, vigoureusement corrigée et doucement soulevée par cette main maternelle, se portait à Dieu avec un élan qui n'avait qu'un péril : celui de s'égarer parfois dans les hauteurs d'une exaltation trop mystique. C'est alors que le bon sens de la mère Geoffroy la ramenait doucement sur le terrain de la pratique. « Allons, ma lille, allons, lui disait en souriant la spirituelle mère, ne liiez pas trop tin ; votre fil casserait, et vous feriez de mauvaise toile. Il vaut mieux travailler dans le solide, et nous faire une bonne toile de ménage. »

Cependant, faute de pensionnaires, la maison de Niort était menacée de périr; d'autre part, celle de Grenoble réclamait son Emilie. Les administrateurs du diocèse de Poitiers, qui avaient, les premiers, demandé cette fondation, conseillaient aujourd'hui de la supprimer. Avant d'en venir là, la supérieure générale voulut revoir ses filles, et elle leur annonça sa visite prochaine dans ces lignes charmantes : « Ma chère Emilie, le temps approche où nous nous reverrons. Il faut laisser fleurir les acacias et venir le printemps ; alors nous nous retirerons dans le trou de la pierre, dans ce petit tombeau de Niort. Là, en parlant de Jésus, nous l'inviterons à venir se placer près de nous, et à nous parler lui-même2. »

Elle arriva à Niort le 25 septembre 1809 : elle annonça qu'elle venait supprimer la maison. Cette annonce

1 Amiens, 14 mai 1809. — 2 Ibid.

plongea la petite communauté dans une inconsolable consternation : la consternation du soldat que la famine va forcer de rendre la place. On n'osait rien se dire. Mme Geoffroy, la première, rompit le silence : « Hélas! soupira -t- elle, je le vois bien : je suis plus propre à fondre qu'à fonder un établissement ! » Puis joignant ses mains devant sa supérieure : « Ma mère, lui dit-elle, je ne vous demande qu'une chose, c'est que vous alliez passer une demi-heure devant le saint Sacrement, afin que Dieu vous fasse connaître ce qui sera pour sa plus grande gloire. » Mmo Barat y consentit : elle entra dans la chapelle, où elle pria beaucoup. Quand elle sortit de là, elle avait changé d'avis : Dieu lui avait fait connaître que la fondation de Niort devait être maintenue, « Pourrez-vous vivre sans pensionnaires? » demanda-t-elle à ses religieuses. Celles-ci se déclarèrent prêtes à tous les sacrifices, pourvu qu'on ne les séparât pas les unes des autres. Mme Barat leur permit de tenter un nouvel essai; puis elle partit, leur laissant un généreux subside.

L'essai ne fut pas prospère : la disette s'accrut, les élèves ne vinrent pas ; tout espoir de pensionnat nombreux s'évanouissait. Les lettres de Mme Barat à sa fille spirituelle recommencèrent à parler de détachement et de sacrifice. Elle lui prescrivait de s'affermir dans la résolution de ne rien demander, mais aussi de ne rien refuser de ce que Dieu lui ordonnerait. Elle lui disait : « Ce bon Dieu nous rend si largement ce qu'on lui a donné qu'on regrette de n'avoir qu'un cœur ; au moins est-on bien aise d'avoir plusieurs mères à lui offrir. » Comme conclusion, le 29 avril 1810, elle lui écrivit d'avoir à se rendre à Grenoble : « Laissez en route, ma fille, le reste de vos défauts, et venez réparer les fautes que vous avez commises

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