‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 95 sur 236 · FORMATION DE MADAME GIRAUD · texte numérisé non relu

FORMATION DE MADAME GIRAUD

mère Geoffroy, prosternée contre terre, et les bras en croix. Elle consacrait à Dieu son être tout entier par son anéantissement, qui se retraçait d'ailleurs dans toute sa conduite, »

Après l'amour pour Jésus-Christ, le zèle pour les enfants fut un autre lien par lequel Mme Barat rattacha l'épouse au foyer de l'Epoux. Les pensionnaires, il est vrai, n'étaient alors que deux , et encore toutes petites , des enfants de sept à huit ans. « Je leur faisais observer de mon mieux le règlement, raconte leur maîtresse, faisant garder le silence et marcher deux à deux. » Outre le pensionnat, Mme Giraud partageait avec la mère Bernard le soin de l'école des pauvres. Ce fut le sujet des félicitations de Mme Barat. « J'espère, lui écrivait- elle dès sa première lettre, que vous apprécierez le précieux avantage d'élever chrétiennement ces enfants pauvres qui vous sont confiées en si grand nombre1. » Et quelques mois après, aux approches de Noël : « Tâchez, chère Emilie, de gagner les âmes qui vous sont confiées. Que votre séjour à Mort attire quelques cœurs à l'aimable Jésus ! Ah ! si on le connaissait, qui donc ne l'aimerait? Mais on ne le connaît pas. Qu'il est grand le Seigneur, qu'il mérite d'être loué ! Qu'il se fait petit le Seigneur, qu'il mérite d'être aimé ! Faites-le donc connaître, et bientôt on l'aimera2. ^>

« 0 ma chère Emilie, lui disait-elle ailleurs, l'amour se reconnaît aux œuvres. Vous savez qu'à votre Époux il ne suffit pas d'un faible Je vous aime. Travaillez donc sérieusement pour un Dieu qui a tant fait pour vous. Je crois que vous ne sentez pas assez la sublimité de votre vocation ; car il n'est point de travaux , quelque pénibles

* Poitiers, 5 août 1807. — 2 Amiens, 21 décembre 1808.

qu'ils soient, que vous ne deviez être prête à supporter pour sauver les âmes^. »

Mais le principal travail auquel l'appliquait cette mère était la réforme d'elle-même, la correction de ses défauts, de l'amour-propre surtout, qu'elle lu* dénonçait comme Te grand ennemi de sa perfection. Et avec quelle franchise, quelle charitable vigueur, quelle onction de langage, elle lui écrivait! Ces défauts sont t les renards qu'il faut chasser de la vigne », comme s'exprime le Livre saint, « sinon ils mangeront le fruit et ravageront la récolte du père de famille. » Cet orgueil qui se dissimule, ce sont « les eaux malsaines qui séjournent sous terre, et finissent par miner le sol, si Ton n'en tarit la source. » Une autre fois, Mme Barat donna à une leçon austère ce cadre gracieux : « J'ai pensé beaucoup à vous ces jours derniers. Toutes les anciennes étaient assises sur le pré, dans le jardin des Feuillants : votre mère expliquait, ou plutôt balbutiait quelques mots du saint Livre que vous connaissez. Nous en sommes restées à ces paroles : La voix de la tourterelle s'est fait entendre sur notre terre, le temps de tailler la vigne est venu. Ah ! s'il était venu pour vous , le temps de faire cette taille si nécessaire à nos âmes2! » Enfin, revenant encore à ce Cantique des cantiques qui, depuis saint Bernard jusqu'à sainte Thérèse et saint François de Sales, a prêté son langage à l'union mystique des âmes avec Dieu : a Quand est-ce donc que Jésus-Christ pourra dire de nous : Vous êtes toute belle! 0 ma chère Emilie, nous sommes noires et point encore belles. Du moins, cherchons l'Epoux. .. Suivons, comme il nous dit, les vestiges des pasteurs, c'està-dire les exemples des saints, et nous et nos troupeaux,

» Poitiers, 12 juillet 1809. — s Ibid., 22 juillet 1809.

Page 1