‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 101 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XI

vages. Ici, ils avaient arrêté des canots montés par des Français et des Hurons, qu'ils avaient impitoyablement massacrés; là, ils avaient brûlé les moissons après avoir quelquefois surpris les moissonneurs au milieu de leurs travaux et les avoir égorgés. Un jour, ils tombèrent à l'improviste sur quelques Hurons dans l’île d'Orléans, en aval de Québec, et les emmenèrent prisonniers, en quelque sorte sous les yeux de leurs compagnons et de la colonie française. Enfin chaque jour apportait de sinistres nouvelles sur les dispositions de ces tribus sauvages. Les Hurons, les Algonquins et les Français répondaient naturellement à leurs agressions par des représailles capables de leur inspirer des craintes; mais rien n’arrêtait leur fureur. Les vieilles forêts séculaires retentissaient au loin de leur strident cri de guerre. Les bords du grand fleuve et ceux des rivières étaient entièrement infestés par ces barbares. En un mot l'horizon devenait chaque jour de plus en plus menaçant.

Au printemps de l’année 1660 , notre vénérée Mère écrivait : « Les Algonquins, qui sont très vaillants, ayant pris quelques prisonniers sur les Iroquois, en ont fait brûler quelques-uns, selon leur justice ordinaire, tant ici qu'aux Trois-Rivières. C’est la coutume des captifs, quand ils sont dans les tourments, de dire ce qu'ils savent. Il en fut brûlé un le mercredi

de la Pentecôte qui, étant examiné par le R. P. Chau-

monot, dit qu'il y avait une armée de huit cents

hommes qui avaient leurs rendez-vous à la Roche- IH, — 15

Percée, près de Montréal, où quatre cents autres les devaient venir joindre pour venir tous ensemble fondre sur Québec. Il ajoutait que leur dessein était d'enlever la tête à Onontio, qui est monsieur le gouverneur, afin que, le chef étant mort, ils pussent plus facilement mettre tout le pays à feu et à sang. Il dit qu’à l'heure qu'il parlait ils devaient être ou dans les îles Richelieu, ou à Montréal, ou aux Trois- Rivières, et qu'assurément un de ces lieux était assiégé. En effet, on a su depuis qu'ils étaient à Richelieu, attendant le temps et la commodité de nous perdre tous, à commencer par Québec. Je vous laisse à penser si cette nouvell: nous surprit. Ce même jour, le saint Sacrement était exposé dans notre église, où la procession de la paroisse vint pour continuer les dévotions qu’on avait commencées pour implorer le secours de Dieu, dès qu’on sut qu’il y avait des [roquois en campagne. Mais la nouvelle de cette grosse armée qu'on estimait proche donna une tellc appréhension à monseigneur notre évêque qu'il n’arrivât mal aux religieuses, qu'il fit emporter le saint Sacrement de notre église, et commanda à notre communauté de le suivre. Nous ne fûmes jamais plus surprises, car nous n’eussions pu nous imaginer qu'il y eût sujet de craindre dans un* maison forte comme la nôtre. Cependant il fallut obéir. Il en fit de même aux Hospitalières. Le saint Sacrement fut pareillement ôté de la paroisse.

« Après les dépositions du prisonnier, il fut arrêté qu'on ferait la visite des maisons religieuses, pour

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