‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 128 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XIII

château, où l’on avait préparé un beau reposoir, les saintes reliques furent saluées par plusieurs décharges générales de l'artillerie. Monseigneur suivait les reliques et la procession en ses habits pontificaux. Je n'aurais jamais osé espérer de voir une si grande magnificence dans l'Église du Canada, où, quand je suis venue, je n'avais rien vu que d'inculte et de barbare !. »

Un accident, toutefois, vint attr'ster un instant cette brillante cérémonie. On racraute qu’au moment où le cortège se trouvait réuni dans la chapelle des Ursulines, le plancher, qui était en bois, s’effondra tout à coup, sous le poids de la foule qui remplissait le saint lieu. Mais cet accident, qui aurait pu être si funeste, ne causa aucun mal; personne ne fut blessé,

La pieuse chapelle fut bien vite réparée, et l’année suivante Mg" de Laval voulut en faire lui-même la dédicace et la consécration solennelle, M. de Tracy, qui venait d’être rappelé en France par le roi, put encore assister avant son départ à cette fête religieuse.

Le rappel en France de ce vaillant gentilhomme, digne représentant du roi, et qui était l'ami sincère et dévoué des Ursulines, fut un deuil public pour la colonie. « Nous allons perdre M. de Tracy, écrivait notre Mère. Le roi, qui le rappelle en France, a envoyé un grand vaisseau de guerre pour l'emmener avec honneur. Cette nouvelle Église et tout le pays y fera une grande perte qui ne se peut dire,

1 Leltres historiques. Lettres LXXIIT, p. 608, 609. H. — 19

car il a fait ici des expéditions qu'on n'aurait jamais osé entreprendre ni espérer. Dieu a voulu donner cela à la grande piété de son serviteur, qui a gagné tout le monde par ses bonnes œuvres, et par les grands exemples de vertu et de religion qu’il « donnés à tout le pays. On l’a vu plus de six heures entières dans l’église sans en sortir. Son exemple avait tant de force, que le monde le suivait comme des enfants suivent leur père. Il a favorisé et soutenu l'Église par sa piété et par le crédit qu'il a continuellement sur tous les esprits. Nous perdons beaucoup en lui pour notre particulier. C’est le meilleur ami que nous ayons eu depuis que nous sommes en ce pays!. »

La seule pensée qui consolait le cœur des braves colons français au moment du départ de ce vaillant défenseur de la France, qu'ils considéraient comme leur père, était celle des deux hommes éminents qu'il laissait à Québec pour continuer son œuvre, M. de Courcelles, gouverneur, et l'intendant général, M. Talon. Ces deux hommes, le dernier surtout, ont laissé d’impérissables souvenirs de leur dévouement et de leurs éminentes qualités. Sous la gestion matérielle et administrative de l’intendant Talon, « le pays s’est plus fait, disait plus tard notre vénérée Mère, et les affaires ont fait plus de progrès que depuis que les Français y habitent. »

« Cet intelligent et dévoué administrateur de la

1 Lettres historiques. Lettre LXXIII, p. 609.

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