TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XIII
colonie fut constamment, lui aussi, à l'exemple de M. de Tracy, le protecteur et l’ami des Ursulines. Il leur confia comme lui, à plusieurs reprises, de jeunes enfants iroquoises, pour les élever dans la crainte de Dieu et l'amour de la France. Chose étonnante, étant donné le caractère féroce et sanguinaire de la plupart de leurs tribus, notre vénérée Mère rendait à ces petites filles iroquoises, dans une de ses lettres, cet aimable témoignage : « Ce sont les plus jolies et les plus douces de toutes. »
Malheureusement, on ne pouvait arriver qu'avec la plus grande peine à leur inspirer des mœurs françaises. Les autres élèves sauvages, algonquines et huronnes, n'étaient d’ailleurs guère moins réfractaires à cette éducation. C'était, sans doute, il est vrai, le désir ardent du roi de voir ces jeunes filles sauvages se transformer en jeunes filles françaises, c'était aussi l’espérance manifestée à plusieurs reprises par M. de Tracy, Ms" de Laval, M. Talon et d’autres personnages influents, nouveaux venus dans la colonie. Mais ceux qui vivaient depuis longtemps dans le pays, et qui avaient l’expérience des habitudes sauvages ne partageaient point l'espoir d’arriver, au moins de bien longtemps encore, à un tel résultat. On avait beau faire, l’'humeur vagabonde, la passion de la forêt, de la liberté, de la chasse, reprenaient bien vite le dessus chez ces pauvres enfants des bois confiées à nos Ursulines. Elles franchissaient les clôtures, sautaient par-dessus les murailles au moment où l’on s’y attendait le moins; en un mot, elles reve-
naient tout à coup à leurs premiers instincts, quand on croyait les avoir un peu assouplies aux habitudes et aux usages français.
Cependant, pour répondre aux désirs du roi, on faisait tout ce qui était possible pour les franciser. Mais notre Mère écrivait plus tard que, sur cent jeunes filles sauvages, c’est à peine si les Ursulines étaient parvenues à en franciser une. Ce seul détail suffit à nous donner une idée du grand nombre d'enfants de la forêt élevées dans cette maison; car nous savons que plusieurs en étaient sorties parfaitement formées aux mœurs et aux habitudes de la France, si bien qu’on avait pu les marier à des Français, avec lesquels elles faisaient d’ailleurs fort bon ménage. Plusieurs même étaient devenues capables, au jugement de leurs maîtresses, d’embrasser la vie religieuse, et on raconte que deux d’entre elles furent reçues dans la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, une autre à l’Hôtel-Dieu de Québec ; malheureusement elles moururent peu de temps après.
Mais si nos Ursulines ne parvenaient pas à faire de toutes leurs élèves sauvages des Françaises, elles en faisaient du moins de ferventes chrétiennes. Sous ce rapport, il en était peu qui ne leur donnassent de vraies consolations. La grâce pénétrait facilement ces natures neuves, en quelque sorte, et y produisait d'admirables fruits de vertus. Nous en avons cité assez d'exemples dans le cours de cette histoire pour n’avoir pas à y revenir ici. Mais on nous per-
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