‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 133 sur 258 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

HUIT ANNÉES D'ÉPREUVES INTÉRIEURES De 1639 à 1647

Similitude d'épreuves intérieures entre sainte Thérèse, au début de son œuvre de réformation du Carmel, et la Mère Marie de l'Incarnation au moment de son arrivée dans le nouveau monde. — Effroyables visions de l'enfer. — Les suppositions impossibles de la Mère Marie de l'Incarnation justifiées par Bossuet. — Son parfait dénuement intérieur. — Apporte-moi des vaisseaux vides. — La jalousie exquise de l'Époux divin au sujet de la pureté de son épouse. — Patience et abandon de celle-ci aux coups du divin amour, — Dieu seul! — La pureté parfaite du cœur,

Deducts ad inferos et reducis.

Vous conduisez les âmer jusqu'aux enfers et vous les en retirez, (Tobie, XI, 2.) Mirabiliter me cruclias.

Vous me tourmentez admirablement.

(Job, x, 16.)

On raconte qu'au moment de quitter son premier monastère d'Avila pour commencer son œuvre de réformation monastique, sainte Thérèse fut soumise

encore, pour un temps assez long, aux épreuves des purifications passives. « Des hauteurs du Thabor, écrit un de ses historiens récents, elle redescendit tout à coup dans la vallée de l'épreuve ; les glaces de l'hiver, les ombres de la nuit succédèrent pour elle, sans transition, aux chauds rayons du soleil!.»

La sainte nous a décrit elle-même ces rigoureuses opérations de la grâce-en-son âme. « Il m’arrivait de temps en temps, dit-elle, d’'éprouver de si grandes peines intérieures et de telles douleurs physiques, des maux si accablants, que je ne savais que devenir. Je supportais avec beaucoup .d’allégresse les souffrances du corps, même les plus vives, quand l’âme restait en paix ; mais lorsque les deux souffraient ensemble, j'avais le cœur bien dans l'angoisse. J'oubliais alors toutes les grâces que le Seigneur m'avait faites: il ne m'en restait, comme d’un songe, qu’un souvenir confus, et ce souvenir encore ne servait qu'à me tourmenter. Mon esprit, engourdi, obscurci, s’égarait dans mille doutes et soupçons. Je craignais de n'avoir pas su comprendre ce qui se passait en moi, d’être le jouet de mes illusions, et de tromper les autres après m'être trompée moimême; enfin je me trouvais si mauvaise, que toutes les hérésies et tous les maux qui désolaient le monde me semblaient être le châtiment de mes péchés. Ces terribles assauts duraient quelquefois huit jours,

1 Histoire de sainte Thérèse, d’après les Bollandistes, t,. Ier, ch. x.

ler

Page 1