‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 134 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE

quinze jours, sinon plus. Mon imagination se remplissait tout à coup de choses si futiles, que dans un autre temps je n'aurais fait qu’en rire. Tout se bouleversait dans mon intérieur ; mon âme, enchaînée, n’était plus maîtresse d'elle-même; incapable de penser rien de bon, poursuivie d'idées vaines, insensées, elle étouffait. Il me semblait que les démons jouaient avec ma personne comme avec une balle, sans qu'il me fût possible d'échapper de leurs mains !, »

Pour mieux nous faire comprendre l’état de son âme en ces moments de purification intérieure, l'illustre sainte ajoute encore : « Quelquefois je me sentais saisie de je ne sais quelle angoisse et quelle torpeur. Le souvenir de Dieu, les grandes vérités de la religion ne frappaient mon esprit que comme un son vague que l'on entend de loin. Dans cet état, on ne perd ni la foi ni les autres vertus, puisqu'on croit ce qu’enseigne l'Église; mais la foi dort, les actes que l’on veut en produire semblent ne partir que du bout des lèvres, et si l’âme se préserve de la moindre chute, elle le doit à ses bonnes habitudes et surtout à l'assistance particulière que Dieu lui prête au milieu de ces ténèbres spirituelles. Puis venait un autre tourment, c'était l'impuissance absolue de former une bonne pensée ou un bon désir. Corps et âme, j'étais inutile à tout et un vrai fardeau pour moi-même, Mon dégoût général de

1 Histoire de sainte Thérèse, d’après les Bollandistes, t. ler, ch. xt.

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toutes choses m'empêchait d'être satisfaite de rien, Alors, moitié de gré, moitié de force, je tâchais de m'occuper de quelques bonnes œuvres extérieures, et j'apprenais à connaître le peu que nous sommes lorsque la grâce vient à se cacher. Ou bien je me trouvais dans une sorte de stupidité fort singulière, Sans faire ni bien ni mal, sans éprouver ni peine ni consolation, insensible au plaisir et à la douleur, à la vie et à la mort, je marchais à la suite des autres comme un vrai petit ânon!. »

Pour mettre le comble à ces angoisses et désolations intérieures, le démon lui-même apparaissait à la glorieuse vierge d’'Avila, tantôt sous la forme d’un petit nègre aux dents grimaçantes, tantôt sous une forme plus repoussante encore. Puis l’abîime s'ouvrait tout à coup aux regards terrifiés de Thérèse, et l’enfer lui était montré avec toutes ses horreurs.

Or quelque chose de semblable se passait aussi dans l’âme de notre vénérée Mère Marie de l’Incarnation, au moment de son arrivée dans le nouveau monde, et pendant les huit année: qui suivirent cet événement. Ce furent de longues années d'épreuves durant lesquelles son âme fut ballottée, à l'exemple de celle de sainte Thérèse, et selon l'expression même dont s’est servi cette grande sainte, entre le ciel et l’enfer. Elle aussi se vit plus d’une fois transportée tout à coup des hauteurs des cieux jusqu'aux

. 4 Histoire de sainte Thérèse, d’après les Bollandisles, t, Ier, ch xr

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