‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 152 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE

« Cette âme, ainsi enrichie, se promène en quelque sorte dans ces pâturages gras ct fertiles où Dieu l’a placée, dans ces parterres odoriférants et ces délicieuses retraites où ses facultés se délectent dans la possession de la divine Sagesse, comme en des repas savoureux, en de divins plaisirs et une paix profonde. Dans la sainte ivresse où elle se trouve alors plongée, elle chante un épithalame ou cantique d'amour qui ne cesse que lorsque, par de certaines pâmoisons, Dieu l'arrête pour la faire en quelque sorte expirer en lui, et l’abimer de nouveau dans le torrent des voluptés divines.

« Revenue de cet excès ou extase, elle recommence aussitôt son cantique : Exsullabimus et lætabimur in te, memores uberum tuorum super vinum : recti diligunt te. Tout cela se dit et se passe sans aucune opération réfléchie, par une abondance de l'Esprit de Dieu, sous l’action duquel l’âme demeure passive, et reçoit en son entendement un sens et une intelligence qui la fait fondre d'amour, De là naissent les joies et les larmes, qui font également en elle un paradis où elle jouit de Dieu dans une privauté très intime,

« Cet état rejaillit jusque dans les sens extérieurs, et la partie sensible de l'âme en est toute pénétrée; de sorte que cette âme peut dire avec le prephète : Mon esprit ef ma chair tressaillent de joie dans le Dieu vivant.

« Jusqu'ici, il n’y pas eu de retranchement dans cette vie intérieure, et l'âme, croyant qu'il n'y a

rien au-dessus de la jouissance où elle se trouve, se persuade qu’elle est établie pour toujours dans cet état, où elle est tellement comblée des richesses immenses de l’Époux, qu’elle semble posséder les mystères de la foi, et en jouit avec tant de certitude et si peu d'obscurité qu'elle s’écrie : « O mon Dieu, « je n'ai plus la foi, et il me semble que vous ayez « tiré le rideau. » Elle est dans ce sens, et par expérience, vraiment appuyée sur son Bien-Aimé, toute regorgeante de délices. Elle ne voit, ne goûte, ne veut que lui. Mais, tandis qu’elle est ainsi abimée, elle ne voit pas ce qui lui doit arriver, ni où l'esprit va la conduire.

« Bientôt, en effet, ce divin Époux, qui est infiniment jaloux, qui, en matière de pureté, se montre toujours inexorable, qui veut seul posséder cette âme marquée pour lui appartenir uniquement, commence à attaquer sa partie sensible et inférieure, et à lui faire souffrir en diverses manières des privations très rudes et très crucifiantes. Mais la nature, si fine et si rusée, a de la peine à quitter son fort, et à perdre la part de satisfaction qu’elle ressent dans la jouissance des biens spirituels de l’âme. Elle les a trouvés, en effet, si fort à son goût, que tous les autres contentements qu'elle avait eus autrefois dans les créatures ne lui causent plus maintenant que de la mortification et du dégoût. Aussi, quand elle vient à être privée de toute participation aux délices de l'esprit et se voit tout à coup sevrée, tant des plaisirs de la grâce que de ceux de la

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