QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV
qui fut la dernière de sa vie, il nous reste, à défaut de ses relations, qui sont muettes sur ces huit dernières années, plusieurs lettres écrites à son fils, dans lesquelles elle a fait une merveilleuse description des dispositions intimes de son âme. La première est datée du 29 juillet 1664 ; elle y fait connaître en ces termes la terrible maladie qui commença en cette même année à ravager son corps exténué déjà par tant de fatigues et de macérations, et acheva bientôt de ruiner sans retour sa constitution vigoureuse :
« En l’année 1664, il plut à la divine Bonté de me visiter d'une grande maladie, et de m’y disposer d’une manière tout extraordinaire et tout aimable. J'en dirai l’origine et les suites. Avant de tomber malade, je vis en songe Notre-Seigneur attaché à la croix tout vivant, mais tout couvert de plaies dans toutes les parties de son corps. Il gémissait d’une manière très pitoyable, étant porté par deux jeunes hommes, et j'avais une forte impression qu'il allait chercher quelque âme fidèle pour lui demander du soulagement dans ses extrêmes douleurs. Il me semblait qu'une dame se présentait à lui pour cet effet ; mais, peu après, elle lui tourna le dos, et l’abandonna dans ses souffrances, et moi je le suivis, le contemplant toujours dans ce pitoyable état, et le regardant d’un œil de compassion. Je n’en vis pas davantage, mais, mon mal arrivant là-dessus, il me demeura dans l'esprit une impression si forte et si vive de ce divin Sauveur crucifié, qu’il me semblait
l'avoir continuellement devant les yeux. Le mal commença par un flux hépatique et par un épanchement de bile dans tous les membres, en sorte qu’il me semblait qu'on me transperçät tout le corps, depuis la tête jusqu'aux pieds. J'avais avec cela une fièvre continue, et une colique qui ne me quittait ni jour ni nuit, de sorte que, si Dieu ne m'eût soutenue, la patience me serait échappée et j'aurais crié très fort. L'on me donna les derniers sacrements, que l'on crut devoir me donner encore à nouveau quelque temps après, à cause d’une rechute qui commença par un mal de côté, comme une pleurésie, avec une colique néphrétique et de grands vomissements, accompagnés d’une rétraction des nerfs qui m'agitait tout le corps jusqu'aux extrémités. » Ce n'étaient là que les préludes de l'horrible maladie de la pierre dont elle fut miraculeusement délivrée par l’intercession de la très sainte Vicrge.
« Cette longue maladie, ajoute-t-elle, ne m'a point du tout ennuyée, et par la miséricorde de notre bon Dieu je n'y ai ressenti aucun mouvement d’impatience ; j'en dois toute la gloire à l’aimable compagnie de mon Jésus crucifié, son divin esprit ne me permettant pas de souhaiter un moment de relâche en mes souffrances, et me donnant une douceur qui me tenait disposée à les endurer jusqu’au jour du jugement. Les remèdes ne servaient qu’à aigrir mon mal et à accroître mes douleurs, ce qui fit résoudre les médecins à me laisser entre les mains de Dieu, disant que tant de maladies ensemble
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