‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 167 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

étaient extraordinaires, et que la providence de Dieu me les avait envoyées purement pour me faire souffrir. Etant donc ainsi abandonnée des hommes, toutes les bonnes âmes de tout le pays faisaient à Dieu des vœux et des neuvaines pour ma santé; l'on me pressait de la demander avec elles, mais il ne me fut pas possible de le faire, ne voulant ni vie ni mort que dans le bon plaisir de Dieu. Monseigneur, notre digne évêque, me pressait aussi, mais je lui répondis que j'étais dans l'impuissance de le faire. Ce très bon et très charitable prélat me fit l'honneur de me visiter plusieurs fois. Le R, P. Lallemand me rendit toutes les assistances d’un bon Père. La Mère de Saint-Athanase, notre assistante, quoiqu'elle fût chargée à mon défaut de toute la maison, voulut être mon infirmière, et ni elle ni aucune de mes sœurs, quoiqu'elles me veillassent jour et nuit avec des fatigues incroyables, ne fut, par la miséricorde de Dieu, ni malade ni incommodée!, »

Cependant, que se passait-il dans les profondeurs mystérieuses de l’âme de notre Mère vénérée pendant ses longs jours de souffrances? Dieu était toujours là, comme un soleil radieux, illuminant ce sanctuaire paisible de ses plus vives clartés. Le corps était plongé dans la souffrance, mais l’âme était tout entière dans le Seigneur. Ainsi autrefois les martyrs étaient souvent inondés des plus ineffables délices spirituelles, tandis que la dent des bêtes

1 Dom Claude Martin, IVe partie, ch. vin,

féroces déchirait leur chair ou que le chevalet broyait leurs membres.

« La divine Majesté, dit notre Mère dans cette lettre que nous avons citée tout à l'heure, m'a fait la grâce et l'honneur de me tenir aussi fidèle compagnie dans mes souffrances qu'au temps de ma santé dans les emplois et dans les affaires qu'elle désire de moi. Quand une âme se rend fidèle à ses desseins, Dieu la conduit quelquefois dans un état où rien ne la peut distraire, où tout lui est égal, et où, soit qu'il faille souffrir, soit qu'il faille agir, elle le fait avec une parfaite liberté des sens et de l’esprit, sans perdre cette divine présence. J'ai dit quelquefois, parce que, selon ma faible expérience, j'ai remarqué, dans l’oraison surnaturelle, trois états qui se suivent, et qui ont leur rerfection propre et particulière. Il y a des âmes qui ne passent pas le premier ; d’autres sont élevées jusqu'au second, et d’autres, enfin, parviennent heureusement au troisième. Mais en chacun de ces états il y a divers degrés ou opérations, où le Saint-Esprit les élève selon sa volonté, pour sa plus grande gloire, et pour leur perfection particulière, toujours avec des caresses qui n’appartiennent qu'à un Dieu d'une bonté infinie. L

« Le premier état est l'oraison de quiétude, où ù l'âme, qui dans ses commencements avait coutume ê de s'occuper à la considération des mystères, est ” élevée par un attrait de la grâce, en sorte qu’elle s

s'étonne elle-même de ce que, sans aucun travail,

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