QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
les yeux de nos lecteurs le récit des derniers jours de notre vénérable Mère.
« C'était en l’année 1664 qu’elle avait commencé à ressentir, nous dit son biographe canadien, les premières atteintes du mal qui devait mettre un terme à la longue mort de son existence terrestre et la réunir pour jamais à son céleste Époux. Exténuée de macérations, de travaux et de veilles, elle fut attaquée d’une fièvre continue, accompagnée d'un épanchement de bile et de coliques violentes qui ne lui laissèrent de repos ni le jour ni la nuit. La maladie, agissant sur cette nature épuisée, fit des progrès effrayants; mais notre Mère, loin de partager les alarmes de ses sœurs, accueillit avec transport cette messagère de l'éternité, et reçut les derniers sacrements, au milieu des larmes et des gémissements de sa famille monastique, agenouillée autour de son lit de douleur. À la première annonce de sa maladie, la ville entière fut dans le deuil. Chaque famille désolée semblait menacée de perdre une mère; un concert de prières s'éleva jour et nuit du monastère des Ursulines et de toute la ville pour faire violence au Ciel et l'arracher à la mort. Dieu se laissa toucher par tant d'instantes supplications et consentit à prolonger son pèlerinage terrestre ; mais. à dater de ce jour, son existence ne fut qu'une longue agonie.
« Peu de temps après cette première attaque, elle fit une rechute qu se déclara avec les symptômes
les plus alarmants, et signala des lésions organiques.
Elle éprouva des vomissements continuels, un grand mal de côté et une colique néphrétique, compliquée d'une contraction de tout le système nerveux. Nous avons déjà vu, dans le chapitre précédent, quels étaient ses sentiments au milieu de tant de souffrances.
« Les remèdes qu'on lui appliquait ne faisaient qu'aigrir le mal et accroitre les douleurs, ce qui fit résoudre les médecins de l’abandonner entre les mains de Dieu, dont l'amour semblait vouloir la tenir attachée à cette croix.
« Toutefois l'heure de la mort n’était pas encore venue pour elle. Huit années de langueur, de souffrances et d'épreuves s’écoulèrent encore avant qu'elle ne fût conviée au banquet des noces éternelles.
« Cependant la servante de Dieu, minée par la maladie et accablée d’infirmités, avait demandé à étre déchargée du gouvernement de la maison; car pour la troisième fois elle venait d’être appelée depuis peu à remplir cette dignité. Le Père Lallemand, qui malgré son grand âge la conduisait encore et comprenait le prix et les bénédictions attachés à sa direction, non moins que le bonheur de la communauté vivant sous sa houlette, se garda bien d'écouter sa prière. L’humble Mère dut se soumettre sans murmurer, Elle reprit sur ses épaules, «€ qui penchaient si fort vers la terre, » dit-elle, le fardeau de la supériorité, et ne songea plus qu’à profiter des souffrances que le Ciel lui envoyait.…
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