QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
frayante maigreur où la maladie l'avait réduite, on était tout surpris qu'elle pût encore vivre. Cependant elle observait encore les jeûnes et ne cessait de donner l'exemple du travail. Toujours la première levée et la dernière couchée, elle ne prenait, pour ainsi dire, aucun repos. Outre les devoirs de sa charge, qu’elle accomplissait très exactement, elle écrivait encore un nombre vraiment prodigieux de lettres, et trouvait encore le temps de s'occuper à d'utiles ouvrages de peinture ou de broderie, pour lesquels elle avait un goût exquis. En un mot, à ‘âge de soixante-dix ans, et dans un corps tout cassé et demi-mort, elle faisait ce qui paraissait au-dessus des forces de la meilleure santé. Son existence, dans les dernières années de sa vie, fut un mystère, comme avait été toute sa vie mystique.
« Toujours poursuivie par cet amour des sauvages qui lui avait fait entreprendre tant de travaux depuis trente ans pour leur conversion, et voulant prolonger cet apostolat jusqu’au delà de la tombe, elle s’occupait sans cesse de l'éducation des jeunes sœurs destinées à lui succéder.
« C'est au milieu de ces labeurs que l'épouse du Christ, le front ceint du diadème de toutes les vertus, sous sa couronne de cheveux blancs, attendait l’immortel repos.
« Mais, à mesure qu'elle s’avançait vers ce terme tant désiré, la solitude se faisait ici-bas plus profonde autour d'elle. Des trois fondatrices venues de Tours, il ne restait plus que M”° de la Peltrie. La
Mère de Saint-Joseph était allée depuis longtemps recevoir sa couronne, et M"*° de la Peltrie, chargée du précieux fardeau de ses soixante-huit années de mérites, était sur le point d'aller la rejoindre au rendez-vous éternel. Fruit mûr dont la frêle tige ne tenait plus à l’arbre de la vie que par une fibre, le souffle qui devait la jeter dans les jardins du ciel s'était déjà levé.
« Le 12 novembre 1671, elle fut attaquée d’une pleurésie qui, en peu de jours, la conduisit aux portes du tombeau. Toutes les vertus qu'elle avait pratiquées pendant sa vie parurent s’assembler autour de sa couche funèbre pour lui faire cortège à ce dernier passage. Jamais, en effet, on ne la vit plus humble, plus affable, plus patiente, plus mortifiée, plus soumise à la supérieure, plus unie à Dieu ni plus résignée à sa sainte volonté. La pauvreté évangélique avait été sa compagne de chaque jour, pendant ses trente-trois années d’apostolat; elle voulut encore l'appeler à son chevet à son dernier soupir. L'opulente héritière d'Alençon ne possédait pour château qu’une pauvre cellule, pour tout ameublement que deux chaises en paille, une table de bois sur laquelle reposaient les saints Évangiles et un livre de méditations, et pour lit de repos qu’un misérable grabat. Au-dessus de la table pendait, sur la muraille nue, un crucifix peint sur bois; c'était la seule décoration et les seuls ameublements de son austère cellule, ainsi que l’atteste l'inventaire qui en fut fait après sa mort.
TION
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