‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 211 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

accents de la psalmodie lugubre se prolongeaient sous les arceaux du cloître. Le corps, enfermé dans un cercueil de plomb, fut descendu dans le caveau,

« Cetie cérémonie fut suivie immédiatement de la translation du cœur de la fondatrice. La précieuse relique, voilée sous un crêpe noir, était portée par un des principaux citoyens de la ville, précédé du clergé. Le gouverneur, l’intendant Talon, et la foule fermaient la marche. Arrivée devant le portail de l'église des Jésuites, la procession s'arrêta; M. de Bernières s’avança alors, portant la petite boite qui renfermait le cœur de la défunte, et la remit entre les mains du supérieur, qui alla la déposer au pied des marches du grand autel, qu’on avait eu le soin d’orner des décorations dont M”° de la Peltrie elle-même l'avait enrichi pendant sa vie.

« La religieuse piété des Ursulines, ajoute M. l’abbé Casgrain, nous a conservé le portrait de leur sainte fondatrice. Toute sa personne offrait le type de l’'aménité et de la douceur. Sa figure, d’un bel ovale, était remarquable par l'harmonie des lignes et la perfection des formes. Un nez légèrement aquilin, une bouche bien dessinée et toujours souriante, un regard limpide, voilé sous de longs cils, que l’habitude de la méditation tenait à demi baissés, imprimaient à sa physionomie une douceur exquise.

« Quoique sa taille fréle et délicate ne dépassât pas la moyenne, et que tout en elle respirât la modestie et l’humilité, sa démarche était néanmoins pleine de dignité et de noblesse ; on reconnaissait,

en la voyant, la descendante de ces hauts et puissants châtelains, de ces preux chevaliers, dont la vaillante épée avait soutenu le trône et l'autel. A travers la plus charmante simplicité perçaient toujours ce grand air du xvu° siècle et cette distinction parfaite, traditionnelle parmi les vieilles familles de France. Mais ce majestueux ensemble était tempéré par un air de recueillement et d’onction attractive qui donnait à sa conversation un charme infini, et lui avait conquis l'estime et l'affection de tous ceux qui avaient eu le bonheur de la connaître. »

Cependant le départ de M"° de la Peltrie pour le ciel allait être bientôt suivi d’un autre plus douloureux encore pour la colonie tout entière.

« Jusqu'au commencement de l'année 1672, les Ursulines avaient conservé l'espoir de prolonger encore quelque temps les précieux jours de leur vénérable Mère, malgré son excessive débilité et ses souffrances habituelles. Depuis sa dernière maladie, elle avait toujours souffert d’une extrême faiblesse, surtout dans les côtés, et d’un épanchement de bile qui mélait un goût d’amertume à toute sa nourriture. Toutefois aucun symptôme alarmant ne s'était encore déclaré; mais, dans la nuit du 15 au 16 janvier, elle fut prise d'une oppression de poitrine qui faillit l’étouffer. Cette première attaque fut suivie d'un vomissement extraordinaire qui dura vingiquatre heures, sans qu'aucun remède pût le calmer,

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