‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 212 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

A peine eut-il cessé que l’étouffement recommença et devint extrême. Une douleur de tête accablante se joignit à cette oppression et ne lui laissa plus un moment de repos, un seul instant de sommeil. La fièvre ardente qui s'était allumée dans tout son être avait produit une telle prostration de forces, que son corps n'était plus qu'une masse inerte que trois personnes robustes pouvaient à peine remuer. Deux tumeurs s'étaient en même temps déclarées aux côtés, et devinrent deux foyers de fièvre, dont les élancements lui causaient d’atroces douleurs.

« La sublime malade, ainsi gisante sur sa couche funèbre, parut plus grande que dans l’action et les ravissements de l’extase. Pas un soupir, pas une plainte, pas un muscle de son visage ne trahissaient les intolérables souffrances dont elle était consumée; sur toute sa physionomie rayonnait une auréole de majestueuse sérénité, de jouissance surhumaine. La paix et l’éclat de son âme rejaillissaient sur sa figure. Ravie de se voir crucifiée avec Jésus-Christ, elle répétait avec un saint transport : Christo confixa sum cruci.

« Cependant le mal faisait des progrès si rapides que, dès le cinquième jour, 20 janvier, les médecins déclarèrent qu’il n'y avait plus d'espoir. À une heure de l'après-midi, elle reçut le saint Viatique des mains de M. de Bernières, en présence de la communauté en pleurs. Elle seule éprouvait une joie indicible en s’unissant, dans le Sacrement de l'amour, à l'Époux invisible qu'elle espérait bientôt voir et posséder sans voile. Le lendemain, au moment de recevoir

l’'Extrême-Onction, elle demanda pardon à M. de Bernières, supérieur du monastère, et au vénérable Père Lallemand, son directeur; puis, se tournant vers la supérieure, la Mère Saint-Athanase, elle la remercia, ainsi que toute la communauté, de leur charité à son égard, et leur demanda pardon des fatigues et des peines qu’elle leur avait données pendant sa maladie,

« Un instant après, entendant dire que la petite fille d’un des premiers chefs algonquins convertis venait d'entrer au pensionnat, elle la fit venir et lui prodigua les caresses les plus affectueuses. Puis, s'adressant à ses sœurs, c« elle leur dit des merveilles « pour les exciter à l'estime de leur vocation et à « l'amour des petites sauvages, qu'elle appelait les « délices de son cœur. » Toutes les pensionnaires, françaises et sauvages, lui furent ensuite présentées pour recevoir sa bénédiction; la mourante étendit ses mains tremblantes sur le groupe des jeunes vierges agenouillées autour de son lit de mort, et, le regard illuminé d'un rayon céleste, tandis qu’un sourire affectueux errait sur ses lèvres pâles et desséchées, elle appela sur elles toutes les bénédictions d’en haut. Les sanglots des religieuses et des enfants, qui la vénéraient et l’aimaient comme leur mère, interrompirent seuls ensuite le silence; et toute la fami!le se retira, n’attendant plus que le moment fatal!. »

Mais la pensée de ses chères filles et de ses chères enfants des bois ne faisait pas oublier à la mourante

1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l’Incarnation, Ille époque, ch. x.

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