QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
rendu à notre vénérable Mère un témoignage unanime de la réputation de sainteté dont elle n’a cessé de jouir dans toute l'Amérique du Nord. Au monastère de Québec c’est, depuis deux cents ans, non par des larmes, mais par l'hymne de l’action de grâce et du triomphe, que l’on célèbre chaque année l'anniversaire de sa mort. Par un mouvement instinctif et irrésistible que les évêques ont respecté et qu’un usage plus de deux fois séculaire a consacré, le Te Deum a pris ce jour-là, sur les lèvres des filles de Sainte-Angèle, la place du De profundis.
En France, l'apparition du livre de dom Claude Martin excita, quelques années plus tard, un sentiment plus vif encore. Tous les plus célèbres docteurs de l'époque, à quelque camp qu'ils appartinssent, depuis Nicole et M. le Camus jusqu'à Fénelon et Bossuet, déclarèrent qu'ils la mettaient, dans leur estime, selon l'expression de M. Émery, à côté de sainte Thérèse.
Vers le milieu du xvin° siècle, on crut un moment que le procès de sa béatification allait être ouvert. Ce projet néanmoins n’eut pas de suite. Mais il était réservé à notre siècle de le reprendre, car de nouvelles et nombreuses merveilles! de toutes sortes ont excité la confiance et la dévotion des fidèles envers notre Mère vénérée. Aussi, en 1867, ME Bail-
1 On en trouvera le récit d'un grand nombre à la fin de ce vo: lume, emprunté au livre de M. l'abbé Richaudeau.
largeon, archevêque de Québec, de pieuse mémoire, instituait une commission chargée de rechercher et de constater, selon les formes canoniques, tout ce qui était de nature à démontrer sa sainteté. L'année suivante, les évêques de la province de Québec, réunis en concile provincial, adressaient au saintsiège une lettre collective, pour demander Fintroduction de la cause de sa béatification, en sollicitant du Saint-Père la dispense des dix années d'attente exigées par les règles canoniques. Voici cette lettre, qui constitue le plus beau témoignage qui ait été rendu à notre vénérable Mère.
« Très saint Père,
« Il y a déjà près de deux siècles qu'est morte dans le Seigneur Marie Guyard, appelée en religion Marie de l’Incarnation, première supérieure et fondatrice du monastère des Ursulines de Québec. L'histoire et une tradition constante nous attestent combien elle a été remarquable par la pratique des vertus théologiques et l'observance de la vie religieuse. On montre encore l'arbre au pied duquel elle s’asseyait pour enseigner les premiers éléments de la foi aux petites filles sauvages; et parmi ces tribus errantes qui restent encore, on conserve le souvenir de cette tendre Mère, de cette première religieuse du Canada, qui jadis vint montrer aux femmes de ce pays, alors assis dans les ténèbres et
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