‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 23 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V

épines naissent si amoureusement, que plus on est piqué, plus le cœur est rempli de douceur! », n’étaitce point là, en effet, plus encore peut-être que sa chère famille spirituelle, l’objet de ses affections les plus vives ? Ses lettres nous offrent, à cet égard, un témoignage irrécusable. Une mère ne parlerait pas de ses propres enfants autrement qu’elle ne le fait de ses chers sauvages. Elle entre en mille détails, fière de raconter leurs progrès dans la foi et dans la vie chrétienne, heureuse de faire leur éloge. Que ne pouvons-nous rapporter ici tout ce que son cœur y a épanché de sentiments affectueux et maternels ? Glanons du moins çà et là quelques traits.

« Nos petites séminaristes, écrit-elle à la supérieure des Ursulines de Tours, en septembre de cette année 1642, ne vous aiment pas moins que nous. Nous en avons eu cette année au-dessus de nos forces, mais notre bon Maître nous a fait la grâce de pouvoir les faire vivre ainsi que nous. Outre les sauvages sédentaires qui ont passé l'hiver autour de notre maison, nous en avons eu un grand nombre de passagers, qui étaient presque continuellement à notre porte pour demander avec la nourriture spirituelle celle du corps. La Providence du Père céleste a pourvu à tout, en sorte que les chaudières étaient toujours sur le feu; pendant que l’une se vidait, l'autre s'apprétait.

« Les vaisseaux ne furent pas plus tôt partis l’année

! Lettres historiques. Lettre XVI, page 337.

dernière, qu'on nous amena un grand nombre de filles sauvages pour les disposer au saint baptême. Au bout de quelque temps, on en baptisa cinq à la fois en notre petite chapelle. Nous y avons vu baptiser aussi un grand nombre d'hommes et de femmes, qui faisaient paraître des sentiments si chrétiens, que nos cœurs fondaient de tendresse et de dévotion. Une jeune femme fut tellement transportée dans cette action, qu'aussitôt qu’on lui eut versé sur la tête les eaux sacrées, elle se tourna vers les assistant en s’écriant: « Ah! c'en est fait, je suis lavée. » Il y avait plus de dix-huit mois qu’elle pressait pour être admise au nombre des enfants de Dieu; c’est ce qui la fit crier si haut, avec des tressaillements de joie non pareils. Un jeune homme que nous vimes baptiser ne voulut jamais partir, quoique tous les gens le quittassent, qu’il ne fût lavé des eaux du baptême; je l'interrogeai assez longtemps sur les mystères de notre sainte religion, et j'étais ravie de l’entendre et de voir qu’il en avait plus de connaissance que des milliers de chrétiens qui font les savants; ce fut pour cela qu'on le nomma Augustin. Durant son séjour à la chasse, il fut contraint de demeurer avec des païens de sa nation, qui est une des plus corrompues. Ils lui donnèrent de graves sujets d'exercer sa foi et sa patience ; mais, quoi qu'ils lui pussent dire, ils ne l’ébranlèrent jamais, et il re quitta point sa prière, qui est le point sur lequel on le combaitait. Étant de retour pour la fête de Pâques, je lui demandai comment il s'était com-

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