‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V

porté : « Ah! me dit-il, le diable m'a grandement « tenté, — Et que faisais-tu pour le chasser ? — Je « tenais, répondit-il, en la main le chapelet que tu « m'as donné, et je faisais le signe de Jésus (c’est le « signe de la croix) ; puis je disais: Aie pitié de « moi, Jésus, car j'espère en toi; c’est toi qui me « détermines, chasse le diable, afin qu'il ne me « trompe point. » Ainsi ce bon néophyte demeura victorieux de ses ennemis visibles et invisibles.

« Comme le grand fleuve de Saint-Laurent a été cette année tout plein de glace, il a servi de pont à nos sauvages, et ils y marchaient comme sur une belle plaine. Nous eûmes toute la satisfaction possible, la veille et le matin du saint jour de Pâques, de les voir accourir à perte d’haleine pour se confesser et communier. Comme nous sommes logées sur le bord de l'eau, ils aperçurent quelques-unes de nous, et s'écrièrent : « Dites-nous si c’est aujour- « d’hui le jour de Pâques, auquel Jésus est ressus- « cité. Avons-nous bien compris notre massinahigan ? « (C'est un papier où on leur marque les jours et « les lunes.) — Oui, dimes-nous ; mais il est tard, « et vous êtes en danger de ne point entendre la « messe, » À ces mots, ils commencèrent à courir au haut de la montagne et arrivèrent à l’église, où ils eurent encore le temps de faire leurs dévotions. Ils étaient altérés comme des cerfs du désir d'entendre la messe et de recevoir le saint Sacrement, après en avoir été privés près de quatre mois. On les voyait venir par troupes à notre église pour faire leurs

prières, et rendre leur première visite au saint Sacrement, et nous prier de leur aider à rendre grâces à Dieu de ce qu'il les avait gardés durant leur chasse, qu'il leur avait donnée très bonne.

« Un excellent chrétien nommé Charles, dont les relations parlent avantageusement , fut un des premiers qui arriva la veille de Pâques, avec une grande troupe de femmes et de filles, pour se disposer à la fête. Après son action de grâces, je lui demanda : « Que veux-tu faire de toutes ces femmes et de ces « filles ? — Ho, ningque, me dit-il, c'est-à-dire ma « mère, je les ai toujours gardées durant la chasse, « et je n’avais garde de les laisser seules, de crainte « qu'il ne leur arrivât quelque accident ; nous avons « toujours prié ensemble , et elles n’ont point eu « d'autre cabane que la mienne. » Ce bon homme, qui mène une vie de saint, n'avait presque rien rapporté de sa chasse, parce qu'il lui avait fallu tou- Jours nourrir ses hôtesses, durant les trois mois de son absence, par un pur zèle de rendre service à Dieu, et pour la conservation de leur pureté. Il eut un zèle apostolique pour aller au Sagenay, afin d'inviter de nouveau sa nation à croire en Dieu. A cet eflet, il vint me trouver, et me dit : « Je te prie de me « prêter un crucifix assez grand, je te le rapporterai; « je ferai un coffre exprès pour le conserver. » Je lui demandai : « Qu'en veux-tu faire ? — Je veux, « me dit-il, aller aider au Père de Quen à convertir € ma nation. D'ailleurs il y a des lieux très dange- « reux où il ne saurait aller; ce sont des sauts dans

Page 1