TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
tère; aussi le souvenir s’en est-il religieusement conservé. Le P. Jérôme Lallemand, l'oncle du martyr dont nous retracerons bientôt les souffrances, célébra le saint sacrifice et présida la cérémonie. Que d'émotions diverses ne dut-elle point éveiller dans les cœurs! Neuf ans s'étaient écoulés depuis le jour où les Ursulines abordaient sur la terre canadienne. Depuis lors, les joies et les tristesses n'avaient pas manqué à la communauté naissante. Mais, au milieu de ses travaux et de ses sacrifices, la main de Dieu n'avait cessé de la bénir et de la protéger. Aussi la confiance en Dieu était grande dans tontes ces âmes dévouées à son service. L'heure était sombre cependant pour la colonie canadienne. La guerre était allumée entre les diverses nations sauvages de cette partie du nouveau monde, le sang commençait à couler de toutes parts, et l'existence elle-même de la colonie était en péril.
Mais la malice des hommes ne saurait arrêter l’œuvre de Dieu. Peu de jours après la profession de M'° Barré, que nous ne désignerons désormais que sous le nom de Mère Saint-Ignace, M'"* Catherine Lezeau prononçait aussi ses vœux en qualité de sœur converse, et, comme pour mettre le comble à toutes ses joies, on vit, à la fin de cette année 1648, une jeune fille appartenant à une des plus nobles familles de la colonie venir demander à revêtir, elle aussi, le bandeau des épouses de Jésus-Christ. C'était M': Philippe-Gertrude de Boulogne, sœur de Mr: d'Ailleboust, femme de M. Louis d’Aiïlleboust
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de Coulonge, qui venait de succéder à M. de Montmagny dans la dignité de gouverneur de Québec: Poussée par l’ardent désir de se dévouer à la conversion des sauvages, elle avait suivi sa sœur et son beau-frère, lorsque celui-ci fut nommé, en 1641, gouverneur de Montréal. Les deux sœurs partageaient d’ailleurs les mêmes sentiments, et nous verrons M”° d’Aiïlleboust devenue veuve venir solliciter, après la mort de sa sœur, la faveur de la remplacer au monastère. M'° de Boulogne fit profession le 9 décembre 1649. Sa ferveur et son zèle ne se démentirent jamais, et elle eut la consolation de rendre à Dieu sa belle âme entre les bras de la vénérée Mère Marie de l’Incarnation, le 20 août 1667. Elle avait pris en religion le nom de Mère Saint- Dominique. ;
La iumille de Sainte-Ursule se développait ainsi peu à peu sur les rivages de la Nouvelle-France. Le monastère était bâti, entièrement payé. De toutes parts on y accourait , les jeunes filles françaises ou sauvages pour s'y faire instruire, les pauvres gens pour y recevoir quelques secours et soulagements. À l'intérieur fleurissaient sous l'égide de Marie, protectrice et supérieure de la nouvelle maison, toutes les plus belles vertus du cloître. L'avenir semblait maintenant assuré, et la Mère de l'Incarnation pouvait, ce semble, commencer à se reposer après tant de combats, de fatigues et d'épreuves, et jouir en paix du fruit de ses premiers travaux. Il n’en était rien cependant. Les plus terribles catastrophes
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