‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 46 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

plus en plus la fureur des Iroquois. Déjà, au printemps de l’année 1644, deux ans avant le meurtre du Père Jogues, ils s'étaient emparés du Père Brissani, de six Français et d'un certain nombre d’autres chrétiens hurons ou algonquins, sur lesquels ils avaient assouvi toute leur rage. Plusieurs avaient été brûlés à petit feu, d’autres hachés en morceaux. Et, non contents de manger leur chair à mesure qu’elle brülait, ces féroces eannibales obligeaient leurs victimes à en manger aussi. Le Père Brissani était parvenu un jour cependant à s'échapper de leurs mains, mais ses membres étaient affreusement mutilés.

A la suite de plusieurs défaites qu’ils essuyèrent de la part des Français, ces barbares avaient été obligés, il est vrai, de consentir à cesser leurs incursions sur les terres des autres peuplades sauvages et dans les pays conquis par la France. Mais cet intervalle de paix n'avait duré que deux ans. La guerre venait de recommencer, plus furieuse et plus intense que jamais.

Le signal de cette recrudescence de fureur fut la mort du Père Jogues. Aussitôt après ce meurtre horrible, les Iroquois pillèrent plusieurs habitations occupées par des Français et se formèrent en deux bandes pour aller à la recherche de quelques tribus algonquines qui s'étaient divisées, elles aussi, en deux groupes pour aller faire leurs grandes chasses, l’une au nord et l’autre au midi. Ces bons Algonquins, qui se fiaient à la paix conclue avec

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leurs implacables ennemis, furent surpris isolément, et, après une inutile résistance, liés les uns aux autres, hommes, femmes et enfants, et emmenés en captivité dans les bourgs iroquois. Ils savaient d'avance quels tourments les y attendaient,.

Après qu'on leur eut arraché les ongles, coupé les doigts et qu'on les eut roués d'horribles coups de bâton, les femmes furent mises en liberté; quant aux hommes, ils furent condamnés à périr par le feu.

Tels furent les hauts faits d'armes par lesquels ces farouches agresseurs signalèrent aux Français et aux sauvages la reprise des hostilités.

L'année suivante, ils éprouvèrent une défaite dans une rencontre avec deux cents Hurons, à la tête desquels se trouvait le Père Brissani, en amont du village des Trois-Rivières. Mais ils ne tardèrent pas à revenir en bien plus grand nombre. Au mois de juillet 1648, ils surprirent un bourg huron, au moment où le Père Ant. Daniel, qui s’y trouvait en mission, célébrait le saint sacrifice de la messe.

« Il était encore revêtu des ornements sacerdotaux, raconte notre vénérée Mère, lorsqu'il entendit le tumulte des ennemis, et, sans se donner le loisir de quitter son aube, il court de cabane en cabane et cherche les malades, les vieillards, les enfants et ceux qui n'avaient pas encore reçu le baptême. Il les dispose à ce sacrement avec un zèle apostolique, et, les ayant tous assemblés dans l’église, il les

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