‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 49 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

alors au village Saint-Louis. Malgré les pressantes sollicitations des Hurons, qui les suppliaient de prendre la fuite, ils aimèrent mieux se vouer à une mort certaine, plutôt que d'abandonner leur troupeau à l'heure du danger. Dans l'horreur de la mêlée, parmi les flèches et les balles, les couteaux et les tomahawks qui tournaient sur leurs têtes, les hurlements des vainqueurs et les lamentations des mourants, ils baptisent les catéchumènes et donnent l’absolution aux néophytes, les confirmant tous dans la foi. Chargés de liens avec les autres prisonniers, ils sont conduits sur les ruines fumantes du village Saint-Ignace pour y être torturés. On les accueille à leur arrivée par une grêle de coups de bâtons. Le Père de Brébeuf se jette à genoux au pied du poteau où il va être attaché, et comme autrefois l'apôtre saint André à la vue de la croix après laquelle il soupirait depuis si longtemps, il l’embrasse avec amour et respect. Puis, apercevant autour de lui une foule de chrétiens condamnés comme lui au supplice, il lève les yeux au ciel, et dans une fervente prière adressée à Dieu, il les exhorte à souffrir courageusement, en leur montrant les palmes qui les attendent là-haut. « Echon!, lui répondent les « bons sauvages, notre esprit sera dans le ciel « lorsque nos corps souffriront sur la terre. Prie « Dieu pour nous, qu’il nous fasse miséricorde; nous « l’invoquerons jusqu'à la mort. »

1 Nom que les sauvages donnaient au Père de Brébeuf.

« Le caractère du Père de Brébeuf est unique par sa grandeur dans l’histoire de l’héroïsme en Canada. Nous avons assisté avec un frémissement mélé d'horreur et d’inexprimable pitié au martyre du Père Jogues. Sa constance admirable dans les tourments, son héroïsme uni à une candeur et à une simplicité angéliques, nous arrachent des larmes. Parfois cependant un soupir, un gémissement, trahissent en lui les défaillances de la nature ; c’est l'agneau résigné, mais suppliant, sous la griffe du tigre. Le Père de Brébeuf, au contraire, c’est le lion dans toute sa { force et sa majesté. Chez lui, l’âme est tout entière fl souveraine et maîtresse de sor enveloppe mortelle ; | l'humanité semble avoir perdu tous ses droits. Tandis qu’on suspend à son cou un collier de haches rougies, — qu'on l'enveloppe d’une ceinture d’écorce enduite

de gomme et de résine enflammées, — qu’en dérision du baptême on lui verse de l’eau bouillante sur la tête, — qu'on taille sur ses membres des lambeaux de chair qui sont grillés et dévorés devant sig lui, — qu'on lui perce les mains avec des fers fen rouges, — qu'après lui avoir arraché la peau de la | lui tête, on jette sur son crâne de la cendre chaude et lan, ji des charbons embrasés, — que sa peau rôtie se Dar fend en larges blessures rouges et sanglantes, — pou que le fer en feu siffle sur ses muscles agités de le E spasmes convulsifs et s'enfonce jusqu'aux os, — que plai de tout sun corps carbonisé s'échappe une vapeur frêli comme d'une chaudière en ébullition, — pas un cri, faib

pas un soupir ne s’exhale de sa poitrine. Sa figure

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