TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE III ai
que si vous étiez avancé dans le monde, votre âme serait en danger de se perdre ; et je me résolus de vous laisser une seconde fois entre les mains de la Mère de bonté, me confiant que, puisque j'allais exposer ma vie pour le service de son Fils, elle prendrait soin de vous. Ne l’aviez-vous pas aussi prise pour Mère en entrant dans vos études? Vous ne pouviez donc attendre d’elle qu’un bien semblable à celui que vous possédez. Les avantages qui se sont présentés pour vous à Paris étaient quelque chose ; mais ils étaient infiniment au-dessous de ceux que vous possédez à présent. Vous voilà donc dans la milice sacrée, mon très cher fils ; au nom de Dieu, faites état de la parole de Jésus-Christ, et pensez qu’Il nous dit : « Celui qui met la main à la « charrue et qui regarde derrière soi n’est pas propre « au royaume des cieux. » Ce qu'il nous promet est bien plus grand que tout ce qu’on vous faisait espérer, et que vous ne devez estimer que boue et fange pour acquérir Jésus-Christ. Votre glorieux patriarche saint Benoît vous en a donné un grand exemple. Imitez-le au nom de Dieu, afin que mon cœur reçoive à la première flotte la consolation d'apprendre que mes vœux offerts à la divine Majesté, depuis vingt et un ans, sans intermission, ont été reçus du ciel. Je vous vois dans de saintes résolutions : c'est ce qui me fait espérer que Dieu, qui a commencé cet ouvrage, vous donnera la persévérance. Il ne se passe pas de jour que je ne vous sacrifie à son amour sur le cœur de son bien-aimé Fils: plaise à sa bonté
que vous soyez un vrai holocauste tout consumé sur | gr ce divin autel! J'ai une consolation très sensible du Li bon souhait que vous faites pour moi du martyre: vo Hélas! mon très cher fils, mes péchés me priveront je de ce grand bien : je n’ai rien fait jusqu'ici qui soit en! capable de gagner le cœur de Dieu , et il faut avoir ani
| beaucoup travaillé pour être trouvé digne de répan-
| dre son sang pour Jésus-Christ. Aussi n’osé-je porter
| mes prétentions si haut; mais je laisse faire sa C
| bonté immense qui m'a toujours prévenue de tant
| de faveurs. Je me donne à elle, et vous donne aussi; et pour une bénédiction que vous me deman-
dez, je la prie qu’elle vous comble de celles qu'elle
a départies à tant de valeureux soldats qui lui ont
dll gardé une fidélité inviolable. Si l’on venait me dire: Votre fils est martyr, je crois que j'en mourrais de
joie. Laissons faire ce Dieu plein d'amour. Il a ses
| temps, et Il fera de vous ce qu’il a déterminé d’en
| faire de toute éternité. Soyez-lui fidèle, et Il trouvera
| les occasions de faire de vous un grand saint et un
| grand martyr, si vous obéissez à ses divins mouve- {l ments, si vous vous plaisez à mourir à vous-même, A! etsi vous vous efforcez de suivre l'exemple que tant | de grands saints de votre ordre vous ont donné: Si Notre-Seigneur vous accorde la grâce de faire profession, je vous prie de m'en donner avis, et aussi de quelle manière il vous a appelé, et quels moyens vous avez pris pour exécuter votre dessein, Enfin faites-moi part de vos biens qui, comme vous pouvez juger, m'apportent une consolation très