‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII

toir de la communauté pour donner l'alarme. En un instant toutes les religieuses sont sur pied, et courent les unes à la cloche pour appeler du secours, les autres au foyer de l'incendie pour essayer de le dominer. Au premier coup d'œil, la Mère de l’'Incarnation reconnut qu’il était trop tard, et que tous les efforts étaient inutiles. « Sortez promptement, dit- « elle à ses compagnes, car vous allez périr. »

« Pour elle, sans perdre un instant son sang-froid, elle monta vers l'appartement où se trouvaient les vêtements des religieuses, afin d'en sauver une partie, car les sœurs s'étaient échappées nu-pieds et à demi vêtues. Mais, songeant tout à coup aux papiers de la communauté, elle retourna vers sa chambre, « Dans toutes les courses que je fis parmi les « flammes, dit-elle, j'avais une aussi grande liberté « d'esprit et une vue aussi tranquille à tout ce que « je faisais, que si rien ne nous fût arrivé. Je ne « ressentais pas un mouvement de peine ni d'in- « quiétude ; mais je baisais en silence et avec amour « la main qui nous frappait. Il me semblait que « j'avais dans moi-même une voix intérieure qui me « disait ce que je devais faire, où je devais aller, « ce que je devais jeter par la fenêtre, et ce que je « devais laisser périr par le feu. Je vis en un moment « le néant de toutes les choses de la terre, et il me « fut donné une grâce de dénuement si grande, que « je ne puis exprimer son effet ni par paroles ni par « écrit. Les bénédictions que mon âme donnait à « Dieu au milieu de ce désastre étaient aussi fré-

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« quentes que mes respirs, et je ne pouvais me « détacher de cette union à la volonté divine. »

« Ayant aperçu son crucifix sur sa table, elle le saisit pour le jeter par la fenêtre; mais, arrêtée par un sentiment de respect, elle le remit à sa place. Ce fut alors qu'en sauvant les papiers, elle mit par hasard la main sur les cahiers contenant la relation de sa vie, qu'elle avait écrite par l’ordre de son directeur. Un premier mouvement d’'obéissance lui dicta de les soustraire aux flammes avec le reste ; mais, reconnaissant ensuite la volonté de Dieu dans l'occasion providentielle qui lui était donnée de les anéantir au moment où ils étaient exposés à tomber en des mains inconnues, elle les rejeta sur la table. Tout cela se passa « en moins d’un miserere », car déjà le feu pénétrait dans le dortoir, interceptant l'entrée de la chambre où elle avait d’abord voulu aller, et où elle aurait infailliblement péri. L’étage inférieur était tout embrasé, tandis que la flamme, activée par les substances résineuses renfermées dans le bois dont le monastère était construit, courait avec une rapidité effrayante tout le long du toit. Ainsi placée entre deux feux, et poursuivie par un troisième qui envahissait tout comme un torrent, elle se fraya un chemin à travers les cloisons enflammées et les poutres croulantes. Ne trouvant point d'autre issue, elle descendit en passant sous le clocher que des tourbillons de flammes léchaient de tous côtés, et dont la cloche, détachée de ses appuis, faillit l’ensevelir sous les décombres.

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