TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
tout s’unissait pour augmenter l'horreur de ce sinistre spectacle. Au plus fort du danger, une faible brise s’éleva du côté du fleuve et entraîna les flammes vers l’esplanade, où s’étendaient alors le jardin et les champs des Ursulines. Cet heureux incident préserva la ville d’une destruction imminente.
« Enfin, en moins de deux heures tout fut consumé, et il ne resta debout que les murailles noircies, d’où s’échappait une épaisse fumée. Tout ce que les Ursulines possédaient de vêtements, de provisions, de meubles, était anéanti.
« Après les premiers moments de confusion, le supérieur des Jésuites! rejoignit les malheureuses victimes et les conduisit à la résidence des Pères. Les enfants furent confiées aux principaux citoyens, qui leur prodiguèrent les soins les plus affectueux ; elles avaient tellement souffert du froid que plusieurs furent gravement malades.
« À la première nouvelle du désastre, les Hospitalières s'étaient empressées d'envoyer offrir leur maison aux Ursulines. Comme c'était l'asile le plus convenable pour elles, le supérieur les y conduisit lui-même, après leur avoir fait distribuer les objets indispensubles à ce trajet.
« Les Hospitalières fondirent en larmes en les apercevant, dans un tel état de pauvreté. Bien plus touchées de leur malheur que les Ursulines ellesmêmes, elles se jetèrent dans leurs bras et les em-
{ Le Père Ragueneau.
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brassèrent avec cette effusion de cœur et ces témoignages de sympathie dont les âmes vouées à Dieu ont seules le secret. Elles les revêtirent de leurs propres habits, et mirent le monastère à leur entière disposition.
« Le lendemain, le gouverneur, accompagné du supérieur des Jésuites, vint leur offrir ses condoléances et leur témoigner la part intime qu'il prenait à leur infortune. Il revint ensuite avec elles sur le théâtre de l'incendie, et leur fit visiter les ruines fumantes, dont personne n’osait encore approcher. Toutes les cheminées étaient tombées, les murs de refend abattus, et les principales murailles crevassées et calcinées jusque dans les fondements.
« Cette calamité fut une .précieuse occasion pour les fondatrices d’adorer les admirables desseins de Dieu, qui prépare toujours le baume à côté des plaies qu’il inflige, qui fait éclore les consolations des malheurs mêmes, les roses des plus sanglantes épines. De toutes parts leur arrivèrent des témoignages de touchante sympathie ; preuves éclatantes de l'attachement et de la reconnaissance qui les enracinaient aux entrailles du peuple. Chaque famille s’ingéniait des plus délicates attentions pour alléger leur misère et essuyer leurs larmes.
« Mais le Ciel leur ménageait une marque de compatissance bien autrement sensible, une naïve démonstration qui devait leur aller droit au cœur, et les dédommager amplement de tous leurs sacrifices. À deux pas des ruines du monastère incendié, gisait