‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII

une autre ruine bien plus triste, bien plus lamentable : c’étaient les restes désolés de cette grande tribu huronne dont la bourgade s'élevait entre l’hôtel-Dieu et les Ursulines.

« Aussitôt après le désastre, tous les capitaines s’assemblèrent dans la cabane du chef de la tribu, et tinrent un grand conseil. Il fut résolu d'envoyer une députation aux « filles vierges », afin de pleurer avec elles sur leurs malheurs communs, et de couvrir les cendres de leur monastère avec des présents. Mais, hélas ! ils n'étaient plus ces jours de prospérité où ils allaient aux assemblées les mains pleines de beaux présents ; ils n'avaient aujourd'hui pour toutes richesses que deux colliers de porcelaine de douze cents grains chacun. Il fut décidé qu'on irait les offrir. Le conseil fut immédiatement levé, et la fs députation se dirigea vers l’hôtel-Dieu. Les Ursu- A lines, entourées du Père Ragueneau et des Hospita- nue lières, les reçurent dans une salle de l’hôpital. Le grand chef Taiearouk porta la parole :

« Saintes filles, dit-il, vous voyez de pauvres

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cadavres, les restes d’une nation qui a été florissante et qui n'est plus. Au pays des Hurons, nous avons été dévorés et rongés jusqu'aux os par la guerre et par la famine. Ces cadavres ne se tiennent debout que parce que vous les soutenez, Vous aviez appris par des lettres à quelle « extrémité de misères nous étions réduits ; mais « maintenant vous le voyez de vos yeux. Regardez de tous côtés, et voyez s’il n’y a rien en nous qui

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« ne nous oblige de pleurer sur nous-mêmes et de « verser sans cesse des torrents de larmes. Hélas ! « ce funeste accident qui vous est arrivé va renou- « veler tous nos maux, et faire couler encore nos « larmes, qui cummençaient à tarir. En voyant « réduire en cendres en un moment cette belle maison « de Jésus, cette sainte maison de charité, en y « voyant régner le feu sans respecter vos personnes, « saintes filles qui l’habitiez, nous nous sommes « souvenus de l'incendie universel de toutes nos « maisons, de toutes nos bourgades et de toute notre « patrie. Faut-il donc que le feu nous suive ainsi « partout ! Pleurons, pleurons, mes chers compa- « triotes; oui, pleurons nos misères, qui de particu- « lières sont devenues communes avec ces innocentes « vierges. « Saintes filles, vous voilà donc réduites à la même « misère que vos pauvres Hurons, pour qui vous « avez eu des compassions si tendres. Vous voilà « sans patrie, sans maisons, sans provisions et sans « secours, sinon du ciel, que jamais vous ne perdez « de vue.

« Nous sommes venus ici dans le dessein de vous « consoler, et avant d'y venir nous sommes entrés « dans vos cœurs, pour y reconnaître ce qui pourrait « davantage les affliger depuis votre incendie afin d'y « apporter quelque remède. Si nous avions affaire à « des personnes semblables à nous, la coutume de « notre pays serait de vous faire un présent pour « essuyer vos larmes, et un second pour affermir

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