TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
« votre courage; mais nous avons bien vu que votre « courage n’a pas été abattu sous les ruines de cette « maison ; pas un de nous n'a vu même dans vos « yeux une seule larme pour pleurer sur vous- « mêmes à la vue de cette infortune. Vos cœurs ne « s’attristent pas dans la perte des biens de la terre; « ils sont trop élevés dans les désirs des biens du « ciel!
« Nous ne craignons qu'une chose, saintes filles, «et ce serait un malheur pour nous; nous redou- « tons que la nouvelle de l'accident qui vous est « arrivé, portée en France, ne soit sensible à vos « parents plus qu'à vous-mêmes; nous craignons « qu'ils ne vous rappellent, et que vous ne soyez « attendries de leurs larmes. Comment une mère « pourrait-elle lire sans pleurer les lettres qui « lui feront savoir que sa fille est restée sans vête- « ments, sans lit, sans vivres et sans aucune des « douceurs dans lesquelles vous avez été élevées « dès votre jeunesse? La première pensée que la « nature inspirera à ces mères désolées, ce sera de « vous rappeler auprès d'elles pour se consoler elles- « mêmes en procurant votre bien. Un frère fera de « même pour sa sœur, un oncle ou une tante pour « sa nièce ; et ainsi nous serons en danger de vous « perdre, et de perdre en vos personnes le secours « que nous espérions pour l'instruction de nos filles, « dont nous avons commencé avec tant de douceur « à goûter les fruits.
« Courage donc, saintes filles, ne vous laissez pas
vaincre par l'amour de vos parents ; et faites voir aujourd'hui que l'affection que vous portez pour les pauvres sauvages est une charité céleste plus forte que les liens de la nature. Pour raffermir en cela vos résolutions, voici un présent de douze cents grains de porcelaine, qui enfoncera vos pieds si avant dans la terre de ce pays, qu'aucun amour de vos parents ni de votre patrie ne pourra les en