‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 79 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IX

abîmes. Il se recommande à celle qui l'avait arrêté, et, tout saisi de crainte, il retourne sur ses pas. Quand il fut en un lieu d'assurance, il reconnut qu'il avait marché un long espace de chemin sur les eaux sans enfoncer; aussi lui semblait-il qu'il n’avait pas marché, tant il s'était senti soutenu. Enfin il a rendu témoignage que la Mère Marie de Saint- Joseph lui avait sauvé la vie, et qu'il ne pouvait sortir d’un tel danger sans miracle, Il est bon de remarquer ici que ce frère était un habile pharmacien, et qu’en cette qualité il avait rendu à la Mère Marie de Saint-Joseph d'importants services durant sa longue et pénible maladie!, »

Mais un des plus beaux témoignages qui aient été rendus à la mémoire de cette fervente Ursuline est assurément la lettre suivante, écrite par notre vénérée Mère à une de ses parentes, religieuse du Calvaire, par laquelle nous terminerons ce chapitre :

« Ma révérende Mère,

« Vous avez bien de la bonté de vouloir vous souvenir de moi et de me continuer l'honneur de votre affection. De ma part, je vous assure que la mienne est entière pour votre chère personne, à laquelle, puisque vous le voulez bien, je suis ce que j'étais à ma chère Mère Marie de Saint-Joseph, votre très aimable sœur et ma très fidèle compagne. Je

1 Lettres historiques, p. 500, 501.

ERP TRI RE PR EEE

vous dirai une chose que vous ne serez pas marrie de savoir, qui est que, notre petite église étant faite, nous avons enlevé son corps du lieu où il était, pour le mettre dans un cimetière que nous avons fait faire sous notre chœur. Nous avons eu la curiosité ou plutôt la dévotion de voir en quel état était son corps. La nécessité de le changer de cercueil a favorisé notre dessein; car, encore qu'il fût enfermé dans deux cercueils, le premier était pourri; l’autre, qui était de cèdre, ne l'était pas. Nous trouvâmes toute sa chair consumée et changée en une pâte blanche comme du lait, de l'épaisseur d’un doigt. Son cœur, qui avait eu tant de saints transports pour son Époux, et son cerveau, qui avait été l'organe de tant de saintes pensées, étaient encore entiers. Tous ses ossements étaient placés en leur lieu naturel, le tout sans aucune mauvaise odeur. Au même temps que nous fimes l'ouverture, nous nous sentîmes remplies d’une joie et d'une suavité si grandes, que je ne vous la puis exprimer. Dans la crainte que nous avions de trouver de la corruption ou quelque chose qui pût donner de la frayeur à nos jeunes sœurs, nous voulûmes visiter le tout en secret. Mais, ayant trouvé les choses dans l'état que je viens de dire, notre révérende Mère fit appeler toute la Communauté pour lui faire part de la consolation dont nous étions intimement pénétrées. Et pour rendre à cette chère défunte nos derniers devoirs de charité et d'affection, l’on se mit à lever les ossements. Les mains de celles qui les touchaient

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