TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X
jugé en France, où elle était fort connue, tant à Paris qu’à la campagne, comme une action de légèreté, eu égard à la vie qu'on lui avait vu mener. Mais l’on a bien changé de pensée, quand on a appris tout le bien qui a résulté de cette action généreuse, car elle a élevé tous les enfants de M. Bourdon avec une débonnaireté non pareille. »
Telle était la noble chrétienne que la petite Anne vit venir, vers l'époque de sa première communion, prendre auprès d'elle la place de la mère qu'elle avait à peine connue. Les leçons de piété qu'elle en reçut contribuèrent beaucoup à l'affermir dans sa sainte résolution de se consacrer à Dieu. Aussi, dans le courant de l’année 1658, fut-elle admise au monastère des Ursulines en qualité de postulante. Elle y fut bientôt rejointe par une de ses amies, M'° Marie Boutet de Saint-Martin, née et baptisée à Saintes sur la Charente. Les deux amies prirent le saint habit à peu près en même temps: l'une, M'° Anne Bourdon, le 9 janvier 1659; l’autre, M': Marie Boutet de Saint-Martin, le 22 janvier suivant. La première ajouta à son nom celui de Sainte-Agnès; la seconde, celui de Saint-Augustin. Toutes les deux firent profession le même jour entre les mains de Mg" de Montmorency-Laval, le 30 septembre 1660.
Quelques mois après leur prise d'habit, le 26 juillet 1659, entra encore au noviciat M'° Jeanne Godefroy, « fille du noble homme Jean Godefroy, écuyer,
1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 225, 226.
sieur de Linctol, dit un vieux récit, et de M''° Marie le Neuf de la Potherie, qui naquit en la ville des Trois-Rivières et fut baptisée en l’église de la Conception, paroisse de ladite ville, » Entrée au noviciat le jour de sainte Anne, elle prit le saint habit le 9 octobre suivant (1659), « et M9" de Laval lui fit l'honneur de faire la cérémonie et le sermon. »
La petite communauté des Ursulines de Québec se composait de quatorze religieuses ou novices, lorsque ce saint évêque vint réjouir et consoler par sa présence le cœur de la vaillante Église du Canada.
Il était bien temps que ce vénéré prélat vint rétablir l’ordre au sein de l’Église de Québec. On sait que les révérends Pères jésuites avaient été chargés du gouvernement spirituel de la Nouvelle-France, dès leur arrivée au Canada. Le Père J. Lallemand avait même été nommé à cet effet grand vicaire de M9" l’archevêque de Rouen, dont la juridiction n'avait pas cessé de s'étendre sur le pays. Mais, vers la fin de l’année 1657, était arrivé un certain abbé de Queylus, grand vicaire de ce même archevêque de Rouen, avec mission de sa part de gouverner l'Église du Canada, et tout particulièrement investi du titre de supérieur de la communauté des Ursulines. (C'était, sans doute, un de ces ecclésiastiques, comme il y en avait alors beaucoup, imbu des idées jansénistes et spécialement ennemi des Jésuites. Durant son séjour à Québec, il ne cessa de les vexer de toutes façons. Quant aux